« Je jardine pour payer mon loyer, et j’adore ça » : Devin Townsend raconte sa nouvelle vie après The Moth

(Mis à jour le ) à 14h44
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« Je jardine pour payer mon loyer, et j’adore ça » : Devin Townsend raconte sa nouvelle vie après The Moth © Devin Townsend (Presse)

Devin Townsend entrouvre un peu plus la porte sur la période particulièrement éprouvante qui a accompagné la création de The Moth. Le musicien révèle que son imposant projet orchestral a failli devenir « la bande originale d’une dépression nerveuse », entre séparation après quarante ans de relation, départ de son fils et quotidien soudainement bouleversé.

Le contraste est saisissant. Townsend était resté assez pudique sur ce qu’il traversait réellement ; aujourd’hui, il raconte vivre hors réseau dans une petite cabane et payer son loyer en jardinant sur la propriété qui l’accueille. La musique demeure, évidemment. Mais la carrière ? Elle semble désormais s’effacer derrière la vie.

« The Moth a failli devenir la bande originale d’une dépression nerveuse »

Dans un nouvel entretien accordé à Dave Ling pour Classic Rock, Devin Townsend assure aller mieux aujourd’hui. Quelques années plus tôt, le paysage était autrement plus sombre. « Ma vie a complètement déraillé pendant un moment. »

C’est dans ce climat qu’a pris forme The Moth, fresque orchestrale mûrie pendant plus d’une décennie. Townsend traversait alors une séparation après quarante années de relation ; au même moment, son fils quittait le domicile familial. Deux secousses intimes auxquelles venait se greffer la confection d’un disque aux proportions démesurées.

Avec le recul, il résume cette collision en quelques mots : « Cet album a failli devenir la bande originale d’une dépression nerveuse. »

Voilà qui déplace quelque peu le regard porté sur The Moth. Townsend en avait imaginé le concept bien avant ces événements, mais raconte avoir fini par discerner ce qui affleurait derrière toute cette démesure. « Ah… en fait, ça parle de ma relation. »

Une thérapie par la musique ? Pas vraiment, selon lui. Le mot qu’il choisit est plutôt celui de catharsis. « Ça m’a permis de tourner une page. Ce qui ne veut pas dire que ma relation est terminée ; elle a simplement changé. »

Le musicien avait déjà évoqué l’épuisement et la remise en question provoqués par The Moth. Ces nouvelles confidences éclairent davantage les soubassements du disque. Et soudain, son gigantisme paraît moins abscons ; derrière les chœurs, l’orchestre et le foisonnement, il y avait aussi un homme dont l’existence changeait de forme.

Une petite cabane, du jardinage… et un studio

Quelques années passent. Changement complet de décor. Devin Townsend vit désormais hors réseau dans une cabane d’environ 28 mètres carrés et jardine pour la propriétaire des lieux afin de payer son loyer. « C’est comme ça que je paie mon loyer, et j’adore ça. »

Surprenant ? Assurément un peu, surtout après une période durant laquelle le Canadien était resté relativement discret sur sa situation personnelle. La musique, elle, n’a pas déserté les lieux. Townsend possède toujours un studio ; lorsqu’une idée digne d’être creusée surgit, il peut s’y consacrer.

Et cette nuance n’est pas anodine. Plus question, du moins dans le quotidien qu’il décrit, d’alimenter sans relâche la machine, disque après disque. La création retrouve quelque chose de plus élémentaire, presque artisanal. Une idée apparaît, elle mérite son attention, il la suit. Chez Townsend, qui a toujours semblé bien plus épris de musique que de commerce, cette existence étonnante finit presque par avoir des airs d’évidence.

The Moth devait sortir. Et maintenant ?

Son détachement vis-à-vis de The Moth est peut-être encore plus révélateur. Des représentations exceptionnelles avec orchestres et chœurs locaux sont envisagées à travers le monde ; Townsend, lui, ne manifeste aucun empressement.

« Pour l’instant, je n’en ressens pas vraiment le besoin. Je n’ai pas spécialement envie de continuer à imposer cet album aux gens. » Et de railler, dans la foulée, ses piètres talents de vendeur.

On devine derrière ce détachement un artiste essoré par l’entreprise. The Moth ressemble de plus en plus à une œuvre qu’il fallait extirper de lui-même, presque une nécessité viscérale, plutôt qu’à un produit destiné à être exploité jusqu’à épuisement. Le disque est là. Il existe enfin. À l’entendre, cela semble presque suffire.

A-t-il trouvé l’équilibre après la tempête ? Impossible de le décréter. Reste l’image d’un homme dont le présent paraît aux antipodes du tourbillon dans lequel The Moth a vu le jour. Même la scène épouse ce mouvement ; après l’opulence orchestrale, Townsend poursuit sa tournée européenne Metamorphosis dans une formule solo particulièrement dépouillée.

Un dépouillement que le public français pourra justement découvrir sans attendre. Devin Townsend se produit ce soir, 22 septembre, au Bataclan à Paris, avant de rejoindre le Cepac Silo de Marseille demain, 23 septembre.

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