Un avion en retard d’une heure ? Blaze Bayley essaie désormais de s’en moquer. Plus de trois ans après son infarctus, l’ancien chanteur d’Iron Maiden raconte surtout ce que cet épisode a déplacé dans sa vie quotidienne. Moins d’énergie gaspillée dans les contrariétés, davantage de curiosité pour les gens qu’il croise.
Le changement se retrouve jusque dans sa manière de parler du succès. Lui qui a connu les stades avec Iron Maiden préfère aujourd’hui l’indépendance et les salles où l’on voit les visages. Une évolution touchante, mais aussi assez lucide sur le chemin parcouru.
Blaze Bayley préfère désormais écouter les histoires des autres
Dans une nouvelle interview accordée à Rocking With Jam Man, Blaze Bayley revient sur l’infarctus dont il a été victime en mars 2023. Il n’en fait pas un récit dramatique. Ce qui l’intéresse aujourd’hui, c’est plutôt ce que l’événement a changé dans sa façon d’habiter le temps.
Il reprend une vieille expression anglaise, « Don’t sweat the small stuff ». Autrement dit, inutile de se ronger pour les petites choses.
« Posez-vous la question. À l’échelle d’une vie, est-ce vraiment important que votre avion ait une heure de retard ? Non, pas du tout. En réalité, vous auriez même pu ne jamais connaître cette heure. Vous auriez pu être mort. »
Mais chez Bayley, cette prise de recul ne consiste pas seulement à moins s’énerver. Il essaie aussi de regarder autour de lui. Sur un festival, il peut ne passer que dix minutes avec le technicien chargé de ses retours; désormais, il veut savoir son nom, ce qu’il fait habituellement, d’où vient son histoire.
« Les gens sont tellement intéressants et ont tellement de belles histoires à raconter. Si vous restez centré sur vous-même, vous ne les entendrez jamais. »
C’est sans doute là que ses propos touchent le plus juste. Après des décennies passées dans le mouvement perpétuel des tournées, Bayley semble avoir découvert quelque chose de très simple dans ces rencontres fugaces. Dix minutes avec un inconnu peuvent compter. Alors pourquoi les traverser sans vraiment le voir ?
Après les stades, une salle où l’on peut voir les visages
Sa définition du succès a suivi le même mouvement. Bayley rappelle avoir joué devant des foules immenses, dans des stades, et avoir gagné beaucoup d’argent. Ce passé n’est ni renié ni enjolivé; simplement, ce n’est plus ce qu’il poursuit.
« Pour moi, aujourd’hui, réussir, c’est être indépendant et pouvoir faire les choses comme je l’entends. »
Difficile de ne pas penser ici à Iron Maiden. Bayley a porté la voix du groupe de 1994 à 1999 et enregistré The X Factor puis Virtual XI. Il connaît donc de l’intérieur ce que signifie jouer dans une machine devenue immense. Plus de vingt-cinq ans après, son idée d’une soirée réussie s’est considérablement resserrée.
Il aimerait notamment jouer deux soirs de suite dans une même salle. Moins de route, moins de temps perdu à repartir ailleurs… et des spectateurs plus proches.
« Quand on aime une salle, on peut jouer beaucoup plus près des gens. C’est plus intime. C’est ce que j’essaie de faire aujourd’hui. Pour moi, c’est ça, la réussite. »
Il y a quelque chose de touchant dans ce déplacement, justement parce que Bayley sait ce que représente l’autre extrémité du spectre. Son histoire avec Iron Maiden n’a d’ailleurs pas disparu. Steve Harris a récemment assisté à son concert à EddFest, où son ancien chanteur reprenait le répertoire de The X Factor et Virtual XI. Aujourd’hui, pourtant, Bayley semble mesurer plus volontiers une bonne soirée à ce qui restera dans la mémoire des gens qu’au nombre de personnes présentes dans la salle.

