Lansdowne part à la conquête de l’Europe : « Nous avons toujours su que les possibilités qui s’offraient à nous étaient bien plus importantes en Europe qu’en Amérique »

(Mis à jour le ) à 18h09
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Lansdowne part à la conquête de l’Europe : « Nous avons toujours su que les possibilités qui s’offraient à nous étaient bien plus importantes en Europe qu’en Amérique » © Tetralens

À l’occasion du récent concert de Lansdowne à Paris (le 16 mai à l’Élysée Montmartre), en première partie d’Ice Nine Kills, Glenn Mungo, batteur du groupe américain de rock/metal alternatif, a accordé une interview à Tetralens pour MetalZone.

Formé en 2006 et composé de Jon Ricci (chant), Shaun Lichtenstein (guitare solo/chant), Josh Waterman (guitare/chant), Mike LaRoche (basse) et Mungo, le groupe a sorti son dernier album, Medicine, le 3 février via AFM Records.

Texte et photos par Tetralens (tetralens.com)

Vous venez de jouer la deuxième partie du show d’Ice Nine Kills à Paris. Je sais que vous venez des États-Unis, d’où venez-vous exactement ?

Le groupe est basé à Boston. C’est là que nous avons commencé. C’est à peu près là que tout le monde vit. À part moi, je suis dans la région du New Jersey, donc à environ quatre heures des gars, mais tout le monde est dans le nord-est, en gros.

Comment vous êtes-vous rencontrés ? Comment le groupe a-t-il été créé ?

Lansdowne a commencé avec John et Sean. Pendant environ six mois, ils ont joué ensemble, juste tous les deux. Je jouais dans un autre groupe. Il se trouve que nous avons fait une petite tournée avec eux sur la côte Est et nous sommes devenus amis à ce moment-là. Ils sont venus chez moi, et nous avons organisé une grande fête avec tous les groupes. Et puis j’ai réalisé que ces gars étaient bien plus amusants que mon groupe actuel et qu’ils étaient plus proches du style de musique que je voulais jouer. À l’époque, ils cherchaient un batteur, alors je me suis dit : « D’accord, je suis partant ». Et on m’a dit : « Si ça te branche, tu n’as qu’à venir à Boston ». Deux jours plus tard, j’ai pris ma voiture et je suis allé à Boston, où j’ai emménagé avec John. Nous étions tous les trois. Nous avons joué ensemble de 2007 à 2011. C’est à ce moment-là que nous avons rencontré Josh et Mike. Josh et Mike faisaient partie d’un autre groupe avec lequel nous donnions des shows au niveau local ; nous avions besoin d’un guitariste rythmique et d’un bassiste, et nous les avons en quelque sorte pris tous les deux. Nous sommes tous les cinq depuis 2011. Cela fait donc presque 12 ans que nous sommes ensemble.

Oui, ça fait déjà un bon bout de chemin. Votre son a-t-il un peu changé depuis que vous avez commencé il y a toutes ces années ?

Notre son a clairement évolué. Au tout début, nous étions un groupe de pop punk, mais nous aimions vraiment la musique rock et nous avons commencé à aller dans cette direction, et c’est de là qu’est né [l’album] Blue Collar Revolver en 2011/2012. Et puis à partir de là, nous avons réalisé que c’était notre type de musique, le type de musique que nous écoutions, le type de musique que nous écrivions, les shows auxquels nous allions. Nous sommes donc restés dans ce genre de rock [dit « active rock »] pendant cette période. Puis, au cours des cinq dernières années, nous avons trouvé un son qui reflète l’état de nos vies. Par exemple, les gars sont pères, nous avons des familles, le contenu des paroles a changé. Nous devons faire des choses d’adultes maintenant. Nos vies sont donc très différentes. Pour nous, c’est important d’écrire sur ce qui se passe dans le monde, avec les réseaux sociaux et la politique, avec le coronavirus… il y a beaucoup à dire.

Ce ne sont donc pas seulement les mélodies, les riffs et les combinaisons musicales qui ont changé, mais aussi les paroles, les thèmes.

Absolument. Le parfait exemple de cela est le premier single du nouvel album, Medicine. Cette chanson, les paroles de cette chanson, disent qu’on en a marre [rires]. On sort de la pandémie. On en a marre de l’idée que les gens ne peuvent pas avoir d’opinion, que les gens ont peur de dire ce qu’ils ressentent parce qu’ils seraient, vous savez, poursuivis par la foule des « woke » [un mouvement politique aux États-Unis]. Et cette idée que la liberté d’expression n’existe plus… L’idée de ce refrain est donc de dire que nous en avons assez de tout ça.

Et Halo, le single actuel, est vraiment intéressant, dans la mesure où le contenu des paroles est construit autour d’une expérience que John a vécue dans sa vie personnelle, et c’est son expérience. Mais ce que les fans en retirent est totalement différent. Ils le vivent à leur manière. Et c’est ce qui fait la beauté de la musique, n’est-ce pas ? Elle est faite pour être interprétée d’une manière qui a du sens pour chaque individu, et non pas de la manière dont les compositeurs l’ont voulue.

En tant que musiciens, nous ne voulons pas vous dire ce que vous devez ressentir. Nous ne voulons pas vous dire quoi dire. Nous voulons que vous preniez ce que nous avons ressenti lorsque nous l’avons écrit et que vous l’intégriez à ce qui résonne vraiment en vous. Et je pense que c’est là un grand changement dans nos paroles. Je considère que certaines des meilleures chansons que nous avons écoutées en tant qu’auditeurs et en tant que fans sont de cette nature. Vous savez, lorsque vous écoutez certaines chansons, leur signification fondamentale n’a peut-être rien à voir avec le sens que vous leur avez donné. Et au niveau purement musical, nous cherchons également à explorer une plus grande palette d’émotions dans notre musique en général.

Oui, c’est vrai. Et ne pensez-vous pas que le rock et le metal, plus que tout autre genre de musique, véhiculent des émotions fortes ?

Absolument. Tout est question d’émotion. Et en tant que musiciens, nous la faisons ressortir à travers les guitares, la batterie, la basse, le synthétiseur, les claviers. Les paroles… Nous l’exprimons de toutes les manières possibles. Et puis, pour nous, les performances en direct sont très importantes. Même en vieillissant, je dirais que notre show est incroyablement énergique parce que la libération des émotions sur scène, on la voit se refléter sur le visage des gens. Et lorsque les gens ressentent ces émotions, ils vous les renvoient. C’est pour cette raison que nous continuons à jouer sur scène. Quand les gens vous donne de l’énergie et que vous leur en donnez en retour, c’est la récompense ultime à mes yeux.

Puisque nous parlons des émotions et des sujets que vous abordez dans vos différentes chansons, nous vous avons entendu et vu jouer des chansons très énergiques, parfois même avec rage, mais vous avez aussi beaucoup de ballades dans votre discographie. Trouvez-vous que les gens les apprécient particulièrement ?

C’est une bonne question. Pour nous, en tant que groupe, ça a toujours été très intéressant de voir les gens réagir aux ballades mid-tempo crossover. Shawn est très doué pour écrire ce genre de chansons. La voix de John est également très adaptée à ce style de musique. En fonction de la durée de votre set, vous ne pouvez pas toujours y aller à fond, il faut bien se calmer à un moment ou à un autre. Donc pour nous, lors de cette tournée en Europe, Falling Down était cette chanson parfaite [pour faire redescendre l’intensité du set].

Nous avons des chansons comme Used To Be, Secret et Open Your Eyes qui sont toutes des ballades mid-tempo. Et vous êtes la première à l’entendre : nous avons un single qui sortira à la fin de l’été ou au début de l’automne et qui s’appelle Release Me. Nous pensons que c’est probablement la meilleure ballade crossover que nous ayons jamais écrite. Ce qui est intéressant, c’est que nous ne sommes jamais allés à la radio avec une ballade crossover, et ce sera la première fois que nous irons à la radio avec une chanson de ce type.

C’est une chanson que nous avons écrite il y a 11 ans et que nous n’avons jamais sortie. On la jouait un peu en live, et quand on a signé avec AFM, on leur a donné toutes nos démos, et ils nous ont dit : « Putain de merde, c’est la chanson qu’il faut que vous finissiez au plus vite ».

L’avez-vous remodelée ?

Oui, un peu. D’un point de vue stylistique, nous sommes allés un peu plus loin avec les guitares, mais nous avons conservé le charme de cette ballade rock. Nous sommes enthousiastes parce que ce sont les chansons, pour reprendre ce que vous disiez, qui touchent les gens. Et nous voulions la sortir, mais l’occasion ne s’est jamais présentée, jusqu’à présent. La vie fonctionne de manière mystérieuse.

Comme vous l’avez dit, vous avez un son très « active rock », parfois un peu hard rock, voire « butt rock », rappelant un peu Bad Wolves. Qu’est-ce que ça fait de tourner avec des groupes de metalcore comme Ice Nine Kills ?

C’est vraiment génial. Ces gars-là, leur équipe, le groupe, ils sont formidables. Nous sommes également fans de leur musique. Ce que les gens ne réalisent pas ou ne savent pas, c’est que nous les connaissons depuis 15 ans. Nous sommes issus de Boston. Ice Nine est né à Boston ; avant d’être Ice Nine Kills, c’était Ice Nine. Spencer [Charnas, chanteur d’INK], vous savez, lui et nous, nous jouions au Bill’s Bar et dans tous ces endroits, lors des Battle Of The Bands, toutes ces choses ensemble. C’est arrivé au tout début de notre carrière, en 2007, 2008, et après ils sont partis de leur côté, nous sommes partis du nôtre ; nous n’avons plus jamais joué avec eux – jusqu’à maintenant.

Cette opportunité s’est présentée parce que nous avions un single qui fonctionnait très bien en Europe. Et ils devaient déjà venir ici. Leur tournée a été annulée en février, et lorsqu’ils ont réorganisé la nouvelle tournée, nous avons sauté sur l’occasion ; c’était juste incroyablement fortuit. Il n’y a pas beaucoup de groupes de Boston. Ice Nine, Lansdowne, Godsmack… Godsmack est un peu plus vieux. Les gars d’Ice Nine ont le même âge que nous, donc c’est vraiment génial de les voir évoluer.

Ce que j’aime à propos de ces gars-là, en particulier Spencer, c’est qu’ils sont restés fidèles à eux-mêmes. C’est un groupe de metalcore dans l’âme. Cependant, la sensibilité pop de certains refrains, comme Shower Scene, les rend vraiment géniaux. C’est ce type de chansons que j’écoute constamment. Le mélange est génial et ce qu’ils font en concert maintenant, avec Joe et Patrick… C’est tout aussi bon que sur disque.

C’est même mieux.

Je suis d’accord. Et je pense que ce que vous avez dit là est le vrai signe d’un bon groupe, quand quelqu’un dit que vous êtes encore meilleurs en concert que sur CD, parce que c’est super difficile à faire. On ne peut pas revenir en arrière et faire une autre prise. Donc quand les gens disent ça, c’est vraiment le signe d’un groupe qui n’est pas seulement incroyable musicalement, mais aussi incroyablement talentueux en tant qu’interprètes.

Donc oui, c’est vraiment, vraiment amusant de pouvoir faire ces shows. On parle du bon vieux temps, de tout ça. Et c’est vraiment cool de voir que la boucle est bouclée.

Pour la dernière question, vous avez comparé la radio ou la musique enregistrée avec les performances en direct. De nos jours, en Europe, les gens n’achètent plus beaucoup de produits physiques, tout se passe sur les plateformes de streaming. Les tournées et les concerts sont le seul moyen pour les artistes de gagner leur vie. Est-ce la même situation aux États-Unis ?

Les États-Unis sont un pays délicat parce que dans le genre rock, « active rock » en particulier, si vous n’êtes pas à la radio, c’est vraiment difficile de percer. Et pour un groupe de rock, actuellement, c’est un cercle vicieux parce qu’il n’y a pas beaucoup de stations de rock. Il y a donc des marchés où le rock est encore très présent. Mais je dirais que le problème des marchés du rock est qu’ils sont très éloignés les uns des autres.

Pour nous, beaucoup de ces dates en Europe ont été, je ne sais pas, espacées de cinq, six heures peut-être. À Boston, aux États-Unis, il n’y a pas de radio rock. Là d’où nous venons, il n’y a pas de station de rock locale pour soutenir un groupe comme le nôtre. Donc, là où nous recevons beaucoup de soutien, c’est dans d’autres régions comme le Wisconsin, qui est à 2400 km, ou le sud de la Floride, le Texas, le Midwest. Quel est donc le moyen de combler ce fossé ? Sirius XM Octane. Oui, c’est à peu près le baromètre des nouvelles radios de rock and roll aux États-Unis. Ensuite, il y a les services de diffusion numérique, Spotify et les playlists que l’on trouve sur Rock Hard. C’est ainsi que les gens découvrent de la nouvelle musique.

Mais pour un groupe naissant, pour gagner de l’argent, il faut faire des tournées. Or, les tournées coûtent de l’argent, et c’est donc une situation délicate pour les nouveaux groupes. Il faut accepter l’idée d’aller dans un van avec quatre de ses meilleurs amis pour jouer de la musique devant dix personnes un soir, voire 50 personnes en espérant obtenir une réduction sur la nourriture et les boissons [rires]. Nous sommes passés par là en tant que groupe. Et je pense qu’avec ce qui s’est passé sur le plan numérique, il y aura, si Dieu le veut, un changement pour tous les musiciens. Vous voyez des groupes qui ont des dizaines de millions de streams et qui ne gagnent rien. 100 millions de streams, ça paraît fou par rapport à la vente de disques comme à l’époque. Mais financièrement, ça ne représente pas grand-chose. Lorsque vous avez cinq personnes dans un groupe ou que vous avez un label, puis un manager et un agent, et ainsi de suite… Cela ne représente pas beaucoup d’argent au final.

Pour nous, le fait de venir en Europe et de mettre l’accent sur notre groupe ici était une décision consciente, et c’est la raison pour laquelle nous avons signé avec un label européen. Nous avons toujours su que les opportunités pour Lansdowne étaient bien plus grandes en Europe qu’en Amérique. Nous sommes connus en Amérique, mais ce que nous avons vu ici, en trois semaines, dépasse toutes les tournées que nous avons faites. Et nous avons tourné avec beaucoup de grands groupes qui ont fait des singles de premier plan. Notre objectif pour l’été prochain est de participer aux grands festivals européens et de tourner en Europe deux à trois fois par an. Nous ferons aussi quelques concerts ici et là dans le monde, mais notre objectif est de nous concentrer sur l’Europe.

Cet entretien a été édité et raccourci pour plus de clarté.

À propos de Tetralens

Cette interview a été réalisée par Tetralens, qui est également la propriétaire de toutes les photos que vous avez vues ci-dessus.

Tetralens est une photographe basée à Paris. Si vous souhaitez discuter avec elle de son travail et/ou collaborer avec elle, vous trouverez toutes ses informations ci-dessous !

TETRAlens rassemble toutes les expressions de mon travail photographique, récent ou datant de plusieurs années. J’y présente principalement un extrait de mes captures de concerts live, essentiellement issus de la scène Metal et Rock, ainsi qu’un petit aperçu de mes autres sujets photographiques, tels que les paysages, les détails et l’architecture. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu capturer à travers mon objectif ce que mes yeux voulaient immortaliser : le tranchant d’une lumière, la force d’un instant, la douceur d’un regard, l’énergie d’un moment, ces choses qui rendent le monde plus beau. Depuis mon plus jeune âge, cette passion m’a suivi dans mon quotidien ou dans mes voyages, mes yeux regardant constamment la nature, les villes et les gens comme une source d’inspiration pour nourrir mon expression artistique. Le canal le plus emblématique étant la musique live, les événements à travers lesquels l’humain est un vecteur des vibrations les plus positives.

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