Judas Priest : Comment un "pacte de suicide" a failli entraîner la fin du groupe de Heavy Metal

à 16 h 13 min
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Pas de Rock And Roll Hall Of Fame pour Judas Priest
© Travis Shinn

Alcool, drogue et dissimulation… Découvrez ce qu’il s’est passé lorsque Judas Priest a été traduit en justice, accusé d’avoir placé des messages subliminaux dans sa musique.

Une histoire qui frise la folie

En 1990, le Metal a connu une grande crise. Une crise qui aurait pu changer la nature de la musique telle que nous la connaissons aujourd’hui. Tout était centré sur une affaire judiciaire mettant en scène Judas Priest, qui avait été poursuivi pour les actions de deux fans cinq ans auparavant. Le 23 décembre 1985, James Vance, 20 ans, et Raymond Belknap, 18 ans, qui vivaient à Sparks, dans le Nevada, se sont rendus à proximité d’une église locale et se sont tirés dessus à bout portant avec un fusil de chasse. Raymond est mort sur le coup, tandis que James a survécu pendant trois années supplémentaires, avant de mourir des complications liées à ses blessures.

Oui, c’était tragique. Mais qu’est-ce que cela avait à voir avec Judas Priest ? Eh bien, les deux adolescents auraient écouté les disques du groupe plus tôt dans la journée, tout en buvant beaucoup et en fumant de la marijuana. Et c’est cette combinaison qui aurait finalement conduit à leur “pacte de suicide”.

Les deux familles ont ensuite allégué que Judas Priest avait placé des messages subliminaux à plusieurs endroits sur l’album Stained Class (1978), incitant les fans – plus précisément cette paire – à se suicider. Certains de ces messages auraient été insérés en utilisant une technique de dissimulation consistant à inverser certaines pistes vocales. Cela aurait été particulièrement évident dans la chanson Better By You, Better Than Me, où des messages cachés disaient supposément aux fans “Let’s be dead” [Soyons morts] et “Do it” [Fais-le]. Et ces incitations, selon les avocats agissant au nom des familles, étaient directement responsables des décès.

Le groupe et la maison de disques CBS ont tous deux été cités dans une affaire civile, qui a été jugée par le tribunal de district du comté de Washoe le 16 juillet 1990. Finalement, l’affaire contre Judas Priest et son label a été rejetée. Néanmoins, si le verdict avait été contraire, cela aurait pu ouvrir les portes à une multitude d’affaires de ce type et aurait probablement conduit à l’interdiction d’un nombre considérable d’albums et de chansons de Metal. Cette interdiction aurait même pu atteindre un point où les groupes de Metal n’auraient pas été signés et auraient pu rencontrer des problèmes pour jouer en concert. Les ramifications auraient pu devenir si importantes qu’elles auraient pu conduire ce type de musique au point d’extinction.

À l’époque, le guitariste de Judas Priest, Glenn Tipton, a déclaré :

Si vous inversez certaines paroles, certaines sembleront avoir un sens, c’est évident. J’ai donc demandé la permission d’aller dans un studio et de trouver des pistes parfaitement innocentes. Les avocats ne voulaient pas le faire, mais j’ai insisté. Nous avons acheté une copie de l’album Stained Class chez un disquaire local, sommes entrés en studio, l’avons enregistré sur cassette, et l’avons inversé. Nous avons tout de suite trouvé : “Hey maman, ma chaise est cassée”, “Donne-moi une menthe poivrée” et “Aide-moi à garder un emploi”.

De son côté, Rob Halford a dit les choses suivantes à propos du procès :

C’était n’importe quoi. Nous n’avions aucune idée de ce qu’était un message subliminal – c’était juste une combinaison de quelques sons de guitare bizarres, et de la façon dont j’expirais entre les paroles. J’ai dû chanter Better By You, Better Than Me au tribunal, a cappella. Je crois que c’est à ce moment-là que le juge a pensé : “Qu’est-ce que je fais ici ? Aucun groupe ne se met en quatre pour tuer ses fans”.

Ça nous a déchiré émotionnellement d’entendre quelqu’un dire au juge et aux caméras qu’on était un groupe qui faisait de la musique pour tuer les jeunes. Nous acceptons que certaines personnes n’aiment pas le Heavy Metal, mais nous ne pouvons pas les laisser nous convaincre qu’il est négatif et destructeur. Le Heavy Metal est un ami qui donne aux gens beaucoup de plaisir et de satisfaction et qui les aide à traverser les moments difficiles.

En fin de compte, le juge a effectivement reconnu qu’il y avait des messages subliminaux, mais ceux-ci n’étaient “discernables qu’après avoir identifié leur emplacement et après avoir isolé et amplifié les sons”. “Les sons ne seraient pas consciemment discernables pour l’auditeur ordinaire dans des conditions d’écoute normales”.

De nos jours, les messages subliminaux suscitent beaucoup moins d’inquiétude quant aux éventuelles menaces juridiques. Cependant, le temps d’un instant, dans ce tribunal, les choses auraient pu très mal tourner pour le monde de la musique.

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Judas Priest – Better By You, Better Than Me ( Backwards ) :

Source : Louder