Pour Ihsahn, le metal a besoin de mystère : l’icône d’Emperor salue les choix esthétiques de groupes comme Sleep Token, qui redonnent vie à une magie en train de disparaître.
Le mystère, moteur de fascination
Dans une interview accordée à Metal Global, Ihsahn a partagé sa vision du metal actuel, qu’il juge souvent trop transparent. Il se remémore le choc de son premier concert d’Iron Maiden : « Je n’arrivais pas à croire que je respirais le même air que les membres du groupe. » Pour lui, cette distance, cette aura presque irréelle, nourrissait l’imaginaire des fans.
Aujourd’hui, estime-t-il, les réseaux sociaux ont brisé ce voile : « On sait même ce qu’ils ont mangé avant de monter sur scène. » Une proximité qui, selon lui, affaiblit l’impact du concert, perçu autrefois comme un rituel, une expérience presque sacrée.
Quand la scène redevient un temple
Face à cette banalisation, certains groupes continuent d’entretenir le mystère. Ihsahn cite notamment Ghost, Sleep Token et Slipknot : « Ils portent des masques, se forgent une identité forte et, surtout, préservent leur anonymat. Les gens veulent du spectacle et des sensations fortes. »
À ses yeux, ces groupes ne se contentent pas de jouer de la musique : ils transforment le concert en expérience immersive, où l’on peut s’abandonner à quelque chose de plus grand. Il évoque à ce titre Rob Halford (de Judas Priest) : « C’est une personne incroyablement humble en dehors de la scène. Mais sur scène, c’est le Metal God. C’est ce que les gens viennent chercher. »
Ihsahn défend une mise en scène assumée, presque sacrée : « Les artistes vous donnent la permission de lâcher prise, de vivre pleinement l’instant. Mais avec toutes ces interactions à caractère personnel, on perd un peu cette dimension. »
Sleep Token, incarnation moderne du mystère
Le succès de Sleep Token semble illustrer cette idée. Le collectif masqué a récemment fait sensation à Rock im Park, en jouant plusieurs morceaux de son nouvel album Even In Arcadia. Fidèle à son univers, le groupe a misé sur une scénographie soignée et une atmosphère énigmatique.
Ce choix d’esthétique, loin d’être accessoire, participe à une expérience globale que le public semble toujours rechercher : une part de mystère, d’inconnu, qui invite à rêver au-delà de la scène.