« J’avoue une certaine jalousie » : David Gilmour se confie sur Eric Clapton

(Mis à jour le ) à 11h46
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« J’avoue une certaine jalousie » : David Gilmour se confie sur Eric Clapton

David Gilmour a beau avoir signé certains des solos les plus reconnaissables de l’histoire du rock, il lui arrive encore de regarder la carrière d’un autre guitariste avec une pointe d’envie. Dans une déclaration relayée par Guitar Player, la légende de Pink Floyd explique qu’il jalouse, d’une certaine manière, la position d’Eric Clapton.

Non pas pour sa célébrité, ni pour sa technique, mais pour cette liberté très particulière qu’offre le blues : celle de pouvoir puiser dans un répertoire immense, reformer un groupe, repartir sur la route et réinventer le cadre sans jamais vraiment trahir son identité.

David Gilmour envie la liberté musicale d’Eric Clapton

D’après une interview relayée par Guitar Player, David Gilmour reconnaît volontiers une forme de jalousie envers Eric Clapton. Le mot surprend, venant d’un musicien dont le nom reste attaché à quelques-unes des pages les plus majestueuses de Pink Floyd, mais le raisonnement est limpide : Clapton possède une marge de manœuvre que Gilmour estime ne pas avoir.

« Je dois reconnaître que j’envie un peu la position d’Eric Clapton. Il a son propre répertoire et, grâce à sa culture blues, tout un catalogue de morceaux moins connus dans lequel il peut puiser. Il pourrait partir en tournée avec un groupe différent à chaque fois. C’est une situation assez enviable, même si la réalité est tout autre pour moi. »

Tout est là : moins une question de prestige qu’une question d’espace. Clapton peut s’appuyer sur son œuvre personnelle, mais aussi sur tout un patrimoine blues dont il maîtrise les codes, les détours et les respirations. Il peut reprendre des standards, exhumer des morceaux moins célèbres, changer de musiciens, modifier l’équilibre d’un concert et rester malgré tout parfaitement dans son élément.

Gilmour, lui, évolue dans une autre géographie. Son jeu est si associé à une couleur, à une lenteur expressive, à une manière de faire pleurer une note plutôt que d’en aligner dix, qu’il semble condamné — luxueusement, certes — à rester David Gilmour. Là où Clapton peut disparaître dans la grande rivière du blues, Gilmour porte avec lui tout un ciel rose, bleu nuit et mélancolique, celui de Pink Floyd.

Un guitariste qui a transformé ses limites en signature

Cette confession n’a rien d’un aveu de faiblesse. Elle éclaire au contraire ce qui fait la singularité de Gilmour depuis des décennies. Le guitariste a souvent expliqué qu’il ne s’était jamais considéré comme un virtuose de la vitesse. Plutôt que de courir après une vélocité qui ne lui correspondait pas, il a bâti son langage sur la respiration, le placement et la tension émotionnelle.

C’est peut-être là que réside son paradoxe : Gilmour envie la souplesse du bluesman, mais c’est précisément son absence de confort dans ce rôle qui l’a poussé ailleurs. Ses solos ne cherchent pas à prouver quelque chose ; ils installent un paysage. Dans Time, Wish You Were Here, High Hopes ou Comfortably Numb, la guitare ne déboule pas comme une démonstration de force. Elle arrive comme une lumière qui change lentement d’angle.

Inspiré par Hank Marvin, Eric Clapton, Jimi Hendrix ou Peter Green, Gilmour a absorbé le blues sans jamais devenir un pur traditionaliste. Il en a retenu le vibrato, le sens de la note tenue, la douleur contenue, puis l’a projeté dans des architectures beaucoup plus vastes, entre rock progressif, atmosphères planantes et sens aigu de la narration musicale.

Clapton, le blues comme terrain naturel

À l’inverse, Eric Clapton peut revenir au blues comme on revient dans une langue maternelle. C’est sans doute ce que Gilmour observe avec admiration : cette possibilité de déplacer le décor sans perdre le centre. Changer de groupe, revisiter d’autres morceaux, faire vivre un répertoire extérieur au sien, tout cela appartient presque naturellement à la tradition dans laquelle Clapton s’inscrit.

Ce contraste entre les deux hommes est d’autant plus intéressant qu’ils appartiennent à la même grande histoire du rock britannique. Tous deux ont été façonnés par le blues, mais ils n’en ont pas fait le même usage. Clapton en a fait un socle. Gilmour, lui, l’a transformé en matière première pour construire quelque chose de plus flottant, plus cinématographique, parfois presque irréel.

En ce sens, la jalousie exprimée par Gilmour dit moins ce qui lui manque que ce qui le définit. Il peut admirer la liberté de Clapton, mais il sait aussi que sa propre force repose sur une forme d’impossibilité : celle de jouer sans immédiatement convoquer tout un imaginaire sonore.

Un héritage toujours en mouvement

Cette déclaration intervient alors que l’actualité de David Gilmour reste dense. Les sorties The Luck And Strange Concerts et Live At The Circus Maximus immortalisent la tournée organisée autour de Luck And Strange, son cinquième album solo, paru après près d’une décennie d’absence discographique.

La tournée avait pris la forme d’un événement rare : deux concerts complets au Brighton Centre, six soirs au Circus Maximus de Rome, six autres au Royal Albert Hall de Londres, puis des dates américaines à Los Angeles et New York. Au total, les vingt-trois concerts annoncés avaient affiché complet.

The Luck And Strange Concerts rassemble vingt-trois titres enregistrés lors de cette tournée, mêlant des morceaux récents à des classiques de Pink Floyd comme Sorrow, High Hopes, Breathe (In The Air), Time, Wish You Were Here ou Comfortably Numb. Le film Live At The Circus Maximus, tourné à Rome par Gavin Elder, documente quant à lui le retour du guitariste dans ce décor monumental, au début de sa première tournée depuis près de dix ans.

Avec aucune nouvelle date annoncée pour l’instant, ces deux sorties constituent désormais le principal témoignage officiel de cette période scénique. Une manière, pour ceux qui y étaient comme pour ceux qui ont manqué ces concerts, de retrouver ce qui demeure la marque de Gilmour : une guitare lente, expressive, immédiatement identifiable, et cette façon très particulière de faire tenir toute une émotion dans une seule note.

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