Pink Floyd : Roger Waters a gardé The Wall, David Gilmour le nom… mais qui a vraiment gagné ?

(Mis à jour le ) à 08h37
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Pink Floyd : Roger Waters a gardé The Wall, David Gilmour le nom… mais qui a vraiment gagné ? © YouTube

Près de quarante ans après l’un des divorces les plus retentissants de l’histoire du rock, la question continue d’intriguer les fans : qui possède réellement Pink Floyd ? Derrière les procédures judiciaires, les règlements de comptes à distance et les décennies de tensions se cache un accord conclu en 1987 qui a redessiné l’avenir du groupe et permis à ses protagonistes de bâtir deux empires parallèles.

Comme le rappelle une récente analyse publiée par Ultimate Guitar, David Gilmour a conservé le nom Pink Floyd tandis que Roger Waters est reparti avec les droits conceptuels de The Wall. Une décision qui, avec le recul, s’est révélée extraordinairement profitable pour les deux camps.

Quand Roger Waters pensait que Pink Floyd mourrait avec lui

Lorsque Roger Waters claque la porte en 1985, il est convaincu que l’histoire de Pink Floyd s’arrête au même moment. Après tout, il est alors le principal auteur du groupe depuis le retrait progressif de Syd Barrett, ainsi que l’architecte de plusieurs de ses œuvres les plus ambitieuses.

Dans son esprit, il n’existe tout simplement plus de Pink Floyd sans Roger Waters. David Gilmour et Nick Mason voient les choses sous un tout autre angle. Loin d’enterrer le groupe, ils commencent à travailler sur un nouvel album sous la bannière Pink Floyd, ouvrant ainsi l’un des chapitres les plus conflictuels de l’histoire du rock.

En 1986, Waters saisit la Haute Cour de Londres afin d’empêcher l’utilisation du nom. Mais son argumentaire se heurte rapidement à une réalité juridique bien moins romantique : aux yeux de la loi, Pink Floyd n’est pas une idée ou une vision artistique, mais une marque dotée d’une immense valeur commerciale.

L’affaire ne sera jamais tranchée lors d’un procès. Le 23 décembre 1987, à bord de l’Astoria, le studio flottant de David Gilmour amarré sur la Tamise, les trois hommes trouvent finalement un terrain d’entente et signent un accord qui déterminera les décennies suivantes.

Le partage du butin : le nom d’un côté, The Wall de l’autre

L’accord est aussi simple que stratégique. David Gilmour et Nick Mason conservent le droit d’utiliser le nom Pink Floyd pour enregistrer et partir en tournée. Roger Waters abandonne toute revendication sur la marque, mais récupère plusieurs éléments clés de l’univers créatif qu’il a contribué à façonner.

Parmi eux figure notamment The Wall, dont il conserve les droits conceptuels et scéniques, ainsi qu’Algie, le mythique cochon gonflable d’Animals. À l’époque, peu de monde mesure réellement la valeur future de ces concessions.

Cette répartition donnera lieu à quelques épisodes particulièrement savoureux. Lorsque Pink Floyd souhaite faire voler un cochon gonflable durant la tournée d’A Momentary Lapse Of Reason, le groupe découvre qu’utiliser le modèle original implique le versement d’une redevance à Waters.

La parade imaginée par David Gilmour est devenue légendaire : concevoir un nouveau cochon et lui ajouter des attributs masculins très visibles afin qu’il soit juridiquement considéré comme différent de celui de Waters. Une solution aussi absurde qu’efficace, qui aurait permis d’éviter une facture estimée à environ 800 dollars par soir.

The Wall, le pari gagnant de Roger Waters

Avec le recul, Roger Waters a probablement récupéré l’un des actifs les plus rentables de tout l’accord.

Dès 1990, quelques mois après la chute du mur de Berlin, il transforme The Wall en événement mondial avec The Wall – Live In Berlin. Le concert attire une foule gigantesque et bénéficie d’une exposition internationale exceptionnelle.

Mais c’est vingt ans plus tard que le potentiel commercial de l’œuvre apparaît dans toute son ampleur. Entre 2010 et 2013, la tournée The Wall Live devient un phénomène mondial. Avec 219 dates, plus de quatre millions de spectateurs et près de 459 millions de dollars de recettes, elle établit alors un record pour une tournée solo.

Autrement dit, le mur que Waters avait emporté avec lui en quittant Pink Floyd s’est transformé en véritable mine d’or.

David Gilmour a gardé le nom… et tout ce qui allait avec

Pour autant, David Gilmour n’a certainement pas été perdant dans l’opération. En conservant le nom Pink Floyd, il hérite d’une marque dont le rayonnement dépasse largement le cadre du rock progressif.

Sous cette bannière, le groupe publie encore trois albums studio : A Momentary Lapse Of Reason, The Division Bell et The Endless River. Les tournées qui accompagnent ces sorties rencontrent un succès colossal et attirent des millions de spectateurs à travers le monde.

La tournée d’A Momentary Lapse Of Reason, à elle seule, rassemble plus de cinq millions de personnes, confirmant que le public continue d’associer Pink Floyd à une entité plus vaste qu’un seul de ses membres.

Cette force de frappe demeure intacte aujourd’hui encore. Entre les rééditions d’archives, les restaurations de concerts historiques, le milliard d’écoutes franchi par Wish You Were Here sur Spotify ou encore l’émotion suscitée récemment par la disparition de Dick Parry, l’univers Floyd continue de captiver plusieurs générations de fans.

Le dernier jackpot : l’accord à 400 millions de dollars avec Sony

La valeur du nom Pink Floyd s’est une nouvelle fois vérifiée en 2024. Après des années de discussions complexes, le groupe conclut un accord majeur avec Sony Music portant sur son catalogue d’enregistrements ainsi que sur plusieurs droits d’exploitation liés à son image.

Le montant de la transaction est estimé à environ 400 millions de dollars. Un chiffre vertigineux qui témoigne de l’importance culturelle et commerciale du groupe plus de cinquante ans après ses débuts.

Les droits d’édition des chansons restent toutefois entre les mains de leurs auteurs respectifs, notamment Roger Waters, David Gilmour, Nick Mason, la succession de Richard Wright et celle de Syd Barrett.

David Gilmour expliquait alors à Rolling Stone que sa motivation n’était pas uniquement financière. Après des années de blocages, de désaccords et de négociations interminables, le guitariste souhaitait surtout tourner la page.

Deux visions, deux fortunes, une fracture intacte

Au final, difficile de désigner un véritable vainqueur. Roger Waters a transformé The Wall en l’une des tournées les plus lucratives jamais réalisées par un artiste solo. David Gilmour a conservé le nom Pink Floyd, poursuivi l’aventure du groupe pendant près de trois décennies supplémentaires et participé à une vente estimée à 400 millions de dollars.

Si l’accord de 1987 a permis aux deux hommes de prospérer chacun de leur côté, il n’a jamais refermé la fracture. Les tensions restent palpables, les échanges publics demeurent rares, et l’idée de revoir un jour les figures historiques de Pink Floyd travailler ensemble appartient désormais davantage au domaine du fantasme qu’à celui de la réalité.

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