Le meilleur compliment que l’on puisse faire à Language, c’est qu’il ne ressemble presque plus à un album de metal.
Sorti en 2014, ce troisième disque marque l’arrivée de Michael Lessard, mais surtout un changement de philosophie. Là où The Contortionist cherchait auparavant à impressionner, il commence enfin à respirer. Et c’est précisément ce qui rend Language aussi spécial plus de dix ans après sa sortie.
Le moment où le groupe a arrêté de courir
Avant Language, The Contortionist s’était imposé avec des albums aussi ambitieux que démonstratifs. Exoplanet et Intrinsic regorgent d’idées, de virtuosité et de détours techniques parfois vertigineux.
Puis Michael Lessard arrive.
Le changement est immédiat. Non pas parce que le groupe devient plus accessible, mais parce qu’il cesse de faire de la technique le sujet principal. Les compositions s’étirent davantage, les mélodies prennent de l’importance et l’atmosphère devient presque aussi essentielle que les riffs.
Pour la première fois, The Contortionist semble davantage intéressé par ce qu’il veut faire ressentir que par ce qu’il veut démontrer.
Quand la technique cesse d’être le sujet
C’est probablement ce qui me fascine encore avec Language.
L’album reste incroyablement sophistiqué. Pourtant, on ne l’écoute pas pour compter les changements de mesure ou admirer la précision des musiciens. On l’écoute pour cette sensation étrange de mouvement permanent, comme si chaque morceau flottait entre puissance et apesanteur.
Des titres comme The Source, Language I: Intuition ou Primordial Sound possèdent une fluidité rare dans le metal progressif moderne. Même lorsque le groupe devient complexe, il ne paraît jamais prisonnier de sa propre ambition.
C’est un disque qui avance naturellement, sans jamais donner l’impression de forcer son intelligence.
Pourquoi il reste la référence
Bien sûr, The Contortionist a continué son chemin avec Clairvoyant, un album plus mélancolique et plus épuré encore. Mais lorsqu’on évoque le groupe aujourd’hui, c’est souvent vers Language que la conversation revient.
Et ce n’est probablement pas un hasard.
Depuis plusieurs années, les fans attendent un nouvel album. Eric Guenther a récemment confirmé que de nouveaux morceaux existaient, tandis que Michael Lessard a assuré que le projet avançait toujours.
Pourtant, chaque nouvelle mise à jour rappelle surtout à quel point Language continue de servir de point de référence.
Non pas parce que le groupe serait bloqué dans son passé.
Parce que c’est le disque où tout s’est aligné.
Un tournant devenu un sommet
Je ne suis pas certain que Language soit l’album le plus impressionnant de The Contortionist. En revanche, c’est sans doute celui qui vieillit le mieux.
Là où certains albums progressifs finissent par ressembler à des démonstrations techniques figées dans leur époque, celui-ci conserve quelque chose de vivant. Quelque chose de sincère.
Chaque fois que The Contortionist donne des nouvelles du prochain album, je me surprends à revenir vers Language.
Pas par nostalgie.
Parce que c’est là que le groupe est devenu lui-même.