Après une première journée riche en émotions, Clisson se réveille doucement au son des balances lointaines, au rythme des files d’attente des douches, le tout dans une ambiance bienveillante. Quelques visages plus froissés que d’autres, on reconnaît ceux qui ont veillé tard dans la nuit…
Une tasse de café, des batteries rechargées, un peu de crème solaire pour affronter une deuxième journée sous un ciel radieux, et je suis de retour dans l’arène !
Texte et photos par Tetralens (tetralens.com)
“C’est reparti”
Pour les plus matinaux, la grande scène offre une belle performance de Vended. Ceux qui ne connaissaient pas le groupe de nu metal et ne se fiaient qu’aux ragots, s’attendant à un set blafard de la part des enfants de stars, se prennent une claque dans la figure. Corey Taylor l’a dit lui-même, son fils est vraiment bon, et il n’est pas le seul. Ce groupe de jeunes démontre une fois de plus son potentiel et réveille les festivaliers comme il se doit.

Ce matin encore, le Sanctuary tourne à plein régime, les files d’attente sont interminables et l’on se demande presque si cela vaut la peine de perdre autant de temps à piétiner sous le soleil (pour des articles qui seront très vite remis en vente) au lieu d’aller voir des performances, le but premier de tout festival !
Le crâne luisant orne fièrement le site, où les métalleux se pressent pour assister à la performance très attendue d’ACOD, du black metal à la marseillaise.
Comme ils le racontent dans l’interview qu’ils m’ont accordée, le public était au rendez-vous dès les premières balances, et ACOD s’est laissé porter par l’enthousiasme de la foule. La tournure plus symphonique de Fourth Reign Over Opacities, sorti en septembre 2022, se fait puissamment ressentir sur scène. Une très belle performance qui restera dans les esprits comme l’une des bonnes surprises de cette année.
Après avoir fait mauvaise figure et écouté d’un air dubitatif certains de mes amis faire l’éloge de Mod Sun, qui pour moi n’était pas un “must see”, je me suis tout de même dirigée vers les scènes principales. Derek Ryan Smith et son groupe délivrent un set pop punk plein d’énergie devant un public fourni, comprenant une reprise du tube Iris des Goo Goo Dolls. On passe un bon moment et on se réjouit de voir Mod Sun briller et exprimer sa joie d’être là aujourd’hui.
Pour compléter le tableau, un couple monte sur scène pour se fiancer sous le soleil du Hellfest, avec la complicité touchante des musiciens. Le show se termine avec Flames, le duo avec Avril Lavigne (dont la reprise par le groupe britannique Wars est à écouter absolument).
Avec à peine une pointe d’impatience, je me prépare à la performance de British Lion, l’autre projet musical de Steve Harris. À défaut d’avoir l’occasion de voir d’aussi près sa performance avec Iron Maiden, je savoure ce hard rock classique mais de grande qualité. La veine britannique est là, et le chanteur Richard Taylor et les riffs précis de Grahame Leslie sont également au rendez-vous. Un moment très agréable.
Pas le temps de prendre ses aises, l’un de mes groupes les plus attendus, Nothing More, monte sur scène – sur Spirits, extrait de leur dernier album éponyme sorti en octobre 2022. Johnny Hawkins (pieds nus et couvert de peinture comme à son habitude) et son groupe inaugurent un set qui enflamme Clisson. Une setlist particulièrement bien composée avec des perles comme Tired Of Winning et Go To War, un engagement sans concession de Mark Vollelunga à la guitare huit cordes, et bien sûr le charismatique frontman, qui vient au devant de la foule pour entamer une section “passion percussion” en contact direct avec ses fans. C’est l’une des choses qui rendent Nothing More si spécial. Ça et une signature musicale qui mêle la joie de vivre à des mélodies et des textes poignants, comme en témoigne la sublime performance live du titre Jenny, dédié à la sœur de Johnny. Une véritable claque.
Pendant ce temps…. à Vera Cruz… non, pas si loin ; au Temple, Akiavel ravit une bonne partie des festivaliers avec un set dont j’ai entendu beaucoup de bien.
Malgré la tentation de sillonner le festival encore et encore à l’affût de toujours plus de prises, et après un rapide coup d’œil à Elegant Weapons, qui met l’ambiance cet après-midi avec un set de heavy metal assuré par un conglomérat de musiciens de haut vol, notamment Richie Faulkner (Judas Priest), je fais une pause pour profiter de quelques bavardages et d’une bière fraîche.
Malheureusement, je manque (oui, je sais, je regrette) la performance de Skid Row 2.0 avec Erik Gronwall au chant. Mais je constate que Motionless In White a toujours autant de fans, et cette fois-ci, ils sont en pleine forme ! La restitution du son est bien meilleure que la dernière fois que je les ai vus.
Non sans un détour par la tente Temple pour apercevoir la fin de Vreid, je me prépare à voir Alter Bridge sur scène. Alors oui, je les ai déjà vus de nombreuses fois, mais c’est toujours un plaisir de voir Mark Tremonti donner vie à cette grande discographie sur sa PRS. Certes, Myles Kennedy maîtrise toujours aussi bien une large palette vocale, et Brian Marshall et Scott Phillips sont en pleine forme. Mais Mark Tremonti (oui, c’est mon chouchou)… rayonne. Ici, la setlist est riche : Addicted To Pain, Isolation, Silver Tongue, et le monumental Blackbird. Un vrai régal.
Un autre groupe que j’ai hâte de voir enfin en concert : Papa Roach ! Lorsqu’ils arrivent sur la mainstage 2, la foule est déjà bien chaude après les autres groupes de la journée. Avec un choix de chansons assez éclectique, dont un bon nombre de reprises, le collectif de metal alternatif/nu metal démarre sur les chapeaux de roue avec Kill The Noise, puis Dead Cell mélangé à Blood Brothers ; une intro de Lose Yourself (Eminem) qui débouche sur Broken Home, la ballade Scars, la belle surprise Firestarter (The Prodigy) ou encore Lullaby (The Cure).
À ce stade, le public est complètement conquis par Jacoby Shaddix et Jerry Horton, sans parler des autres musiciens tout aussi talentueux. Ils diffusent un sentiment général de lâcher-prise qui est l’un des points forts du festival. Avec un final en apothéose sur Last Resort, Papa Roach, visiblement ragaillardi par l’accueil du public français, a offert un show grandiose que le Hellfest n’est pas prêt d’oublier.
De loin, je regarde le début de Def Leppard, que je ne peux pas photographier, et je constate que la longévité du groupe n’a pas éteint l’enthousiasme du public, même si celui-ci s’est un peu clairsemé.
Après cette débauche de groupes “bankables”, le désir de changer de décor et de se plonger dans des ambiances plus intimistes, à l’ombre, sinon dans la pénombre, des scènes couvertes du Temple et de l’Altar, se fait sentir.
C’est devant un public attentif mais calme de fans de black metal que je vois arriver Belphegor, death/black metal autrichien distillant un fiel torturé et chaotique, suivi de Gorgoroth, la référence norvégienne du genre. Bien sûr, on ne retrouve pas les mêmes éléments qu’en 1992. C’est sombre, précis et immersif. Sans être totalement transportée, je ne suis pas déçue non plus.
Bien sûr, je suis capable de mettre mes préjugés de côté. Mais là, je fais l’impasse. Je n’irai pas voir Machine Gun Kelly. Bien sûr, c’est mon avis personnel, mais je ne comprends même pas ce que ça vient faire dans le programme, a fortiori sur la mainstage (l’avis de ceux qui sont fans sera sans appel, une performance sans saveur).
C’est l’occasion d’une pause, qui donne lieu à des discussions sérieuses sur la programmation du Hellfest, son évolution dans le temps, les avantages et les inconvénients d’une “ouverture” à un rock plus généraliste, et par la même à un public moins spécialisé, avec pour conséquence des attitudes parfois un peu moins en phase avec la communauté metal, ce que beaucoup déplorent.
Le phénomène du spectateur “d’un jour” venu avec ses tabourets de camping et son jambon-beurre sous cellophane, pour squatter le devant des scènes depuis seize heures, réalisant sa meilleure sieste allongé en attendant le groupe de ses 20 ans, prend tout son sens à l’approche de la performance de la tête d’affiche du jour, Mötley Crüe.
Après avoir fait leurs adieux à la scène en 2015, Nikki Sixx, Tommy Lee, Vince Neil et John 5 (remplaçant Mick Mars) sont de retour dans le cadre du Hellfest. Les tubes sont tous là : Live Wire, Shout At The Devil, Dr Feelgood, et bien sûr Girls Girls Girls. Le show est très impressionnant, avec des lumières aveuglantes, des effets dans tous les sens, du grand glam rock. Tommy Lee est en pleine forme, invitant même MGK sur scène un moment, sous les huées magistrales du public.
Que dire de Vince Neil… Bien sûr, il fallait s’y attendre, il est un peu faible vocalement. Heureusement, les danseuses/choristes apportent un certain dynamisme à l’ensemble, mais à grand renfort de cuisses et de décolletés. Du grand glam rock, on vous dit.
Je n’irais pas jusqu’à dire que c’était gériatrique, mais j’aurais préféré garder un souvenir intact de leur apogée. Néanmoins, Mötley Crüe a offert un long et impressionnant show qui a ravi ses fans les plus fervents.
De retour dans l’ambiance à plus petite échelle, j’assiste au set de Venom Inc, le groupe britannique de black/thrash, épanoui par Jeff “Mantas” Dunn et Tony Dolan, dignes héritiers du Venom originel. Une performance qui s’écoute avec plaisir, où la maîtrise technique est indéniable.
À cette heure tardive, presque 1 heure du matin, quelques irréductibles sont encore là en force pour assister à ce qui pourrait bien être la dernière performance de Sum 41 sur le sol français (eh non, on me dit dans l’oreillette que les Américains distilleront une dernière fois leur punk rock en novembre 2024). Mais cette soirée a tout de même un goût d’adieu, et c’est dans un état d’esprit particulièrement touchant que Deryck Whibley, Dave Baksh, Jason McCaslin et les autres livrent une performance fervente et rythmée, sous l’œil sévère du démon cornu en arrière-plan. Tantôt les yeux un peu humides, tantôt plus souriant, Deryck communie avec la foule par le regard et la parole. Une setlist à succès qui met des étoiles dans les yeux des fans, qu’ils soient aux crash barrières ou plus en retrait dans la foule.
Ma soirée se termine par un petit coup d’œil sur le concert du groupe américain controversé As I Lay Dying, dont le metalcore fait très bien le job.
Une autre journée pleine de saveurs variées, avec quelques déceptions, mais avec une diversité qui ne laisse personne indifférent.
À propos de Tetralens
Cet article a été rédigé par Tetralens, qui est également la propriétaire de toutes les photos que vous avez vues ci-dessus.
Tetralens est une photographe basée à Paris. Si vous souhaitez discuter avec elle de son travail et/ou collaborer avec elle, vous trouverez toutes ses informations ci-dessous !
TETRAlens rassemble toutes les expressions de mon travail photographique, récent ou datant de plusieurs années. J’y présente principalement un extrait de mes captures de concerts live, essentiellement issus de la scène Metal et Rock, ainsi qu’un petit aperçu de mes autres sujets photographiques, tels que les paysages, les détails et l’architecture. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu capturer à travers mon objectif ce que mes yeux voulaient immortaliser : le tranchant d’une lumière, la force d’un instant, la douceur d’un regard, l’énergie d’un moment, ces choses qui rendent le monde plus beau. Depuis mon plus jeune âge, cette passion m’a suivi dans mon quotidien ou dans mes voyages, mes yeux regardant constamment la nature, les villes et les gens comme une source d’inspiration pour nourrir mon expression artistique. Le canal le plus emblématique étant la musique live, les événements à travers lesquels l’humain est un vecteur des vibrations les plus positives.