La chaleur continue de monter tout au long du week-end. Aujourd’hui, c’est samedi, c’est bagarre ! Alors, on prépare les corps et les esprits pour une nouvelle journée à courir entre les scènes du Hellfest.
Ouverture très loco ce samedi matin en Mainstage. Muy brutal. Circle pit direct, wall of death, arène géante de T-Rex contre crocodiles ou croco slam, au choix. On nous a surchauffés dès l’ouverture. Le programme matinal a toutefois été chamboulé par l’annulation de Cavalera, après le choc frontal de leur tour bus avec un volatile. Ce contretemps provoque un décalage des horaires et propulse Dope Spell sur le deuxième créneau de la matinée en Mainstage.
Dope Spell, donc, en remplacement de dernière minute. Mais c’est le guitariste de Pogo Car Crash Control ! Il n’est pas resté longtemps seul, et c’est un plaisir de le revoir. Malheureusement, il n’y a pas beaucoup de monde devant la scène, mais le groupe envoie. Il y a deux jours, ils jouaient en Hell Stage pour le premier concert de leur carrière ; aujourd’hui, les voilà en Mainstage pour le deuxième… Hâte de les revoir rapidement. À suivre !
Ce début de journée sur les grandes scènes, c’était l’échauffement. À peine le temps de reprendre son souffle que la Warzone appelle déjà. Bagarre, bagarre partout. Les Autrichiens d’Insanity Alert étaient présents il y a sept ans, et les voilà de retour. Devant le chanteur, un panneau déroulant annonce : « Je m’appelle Mireille, all mosh no brain !!! » Comprenne qui pourra. Dans le pit, en tout cas, ça débranche le cerveau devant ce crossover thrash efficace.
« Fuck this shit, let’s circle pit » : la consigne est passée par le frontman. On a même droit à un petit Bohemian Rhapsody façon brutal death, puis à un « Oubliez Macron, pensez au Picon ». Le set se termine sur une reprise d’Iron Maiden légèrement adaptée : « Run to the pit, mosh for your life. » Humour et second degré jusqu’au bout. Au loin, Combust me titille l’oreille… Mais on ne peut pas tout faire. À retenir.
Changement de scène et petite séance d’étirements en Valley avec Fange ? Quand on voit le chanteur débarquer comme un pitbull déterminé, le bassiste au regard noir, puis tout le groupe envoyer du bois, on comprend rapidement que ce n’est peut-être pas le meilleur choix pour se détendre. Les Français donnent néanmoins une belle leçon de harsh noise aux racines sludge, avec notamment plusieurs éléments de leur dernier album, Purulences. Les Rennais réveillent la foule sans difficulté.
Un peu plus loin, en Mainstage 2, place au grindcore américain d’Escuela Grind. Une découverte très intéressante, portée par une frontwoman à la voix impressionnante. Ça fait plaisir de voir un échange aussi spontané avec le public autour de I Wanna Live : un message de liberté transmis sans en faire des tonnes. Une chouette parenthèse avant de me glisser entre Thornhill et son public, visiblement très nombreux et fidèle. Ça envoie, mais peut-être moins que dans mes souvenirs… Une question de setlist, sans doute.
Direction de nouveau la Warzone avec Cancer Bats. Un peu plus punk que depuis le début de la journée. On a droit à des hommes marchant sur la foule et à une bonne dose de punk rock abrupt. Ah, et sinon, encore des poireaux volants. Oui, le poireau semble avoir trouvé sa place parmi les accessoires de pit les plus improbables du week-end. Faut arrêter de poireauter…
Pendant ce temps, House Of Protection, duo d’alternative metal, en montre beaucoup sur la Mainstage. Le guitariste lance un tourbillon humain, puis finit au-dessus de l’écran situé à droite de la scène. Navré, pas d’image de ce moment qui aurait rendu Airbourne fier. La journée workout se poursuit ensuite avec le thrash metal — ou « fast music » — des Espagnols de Crisix, qui poussent le public au footing du week-end. Petite intervention de Savage Lands, projet engagé en faveur de la préservation des espaces naturels, puis reprises des Beastie Boys, de Pantera et surtout d’un bon Trust bien français. Un mash-up efficace.
Retour en Warzone. Trash Talk vont-ils savoir nous parler ? Mais quel bordel ! Probablement le set le plus délirant de cette édition. Invectives du chanteur, frondes de micro, comportement totalement hors norme : tout est réuni pour faire dérailler la zone de guerre. Le pit est encore clairsemé lorsque le frontman descend dans la fosse et vient se caler sur les crash barrières afin d’attirer les festivaliers à coups d’injonctions vigoureuses.
Il finit par rejoindre le pit, se place au cœur d’un pogo, monte sur les agents de sécurité pour lancer un circle pit, puis repart en slam. Et la Warzone est lancée. Mais le frontman veut visiblement nous susurrer sa violence directement dans les oreilles. Il multiplie donc les allers-retours entre les crash barrières et la fosse, avant de s’installer au milieu du public et de faire asseoir toute la Warzone. Si tu restes debout, il vient te faire asseoir physiquement en marchant sur les autres. Simple. Efficace.
Puis tout repart en pogo, juste le temps pour lui et les agents de sécurité de rejoindre les crash barrières. Il ouvre ensuite le pit en allant lui-même jusqu’à la régie pour lancer un wall of death sous le câble de son micro. Il monte sur un tonneau au milieu de la fosse, déclenche un nouveau chaos autour de lui, puis nous saute dessus à pieds joints avant de repartir en slam.
Il n’a pas fini. Attendez. Cette fois, il lance un circle pit géant qui tourne jusque derrière la régie. Les dormeurs de fin d’après-midi se font marcher dessus. Un homme en fauteuil roulant apparaît au milieu du pogo. Le set s’achève sous une marée de slams qui dure deux chansons. « Fucking France, moi je suis Trash Talk et tu vas bouger. » Oui, parle-moi mal. Force aux agents de sécurité…
Le contraste est saisissant lorsqu’une tout autre ambiance s’installe ensuite en Temple. Gaerea, à ne pas rater. Oui, je sais, le dernier album a fait grincer les dents des blackeux les plus puristes du fond de salle. Néanmoins, difficile de rester de marbre devant la performance de ces musiciens masqués, semblables à des hommes invisibles. Le chanteur déploie une gestuelle faite de volutes pour mieux donner vie à une musique puissante, qui prend tout l’espace et les tripes.
Justement, trip… Tu as chaud ? Viens voir Guiltrip en Mainstage, ils vont te garder à température. « Burn Inside The Fire ». Au détour d’un pogo, on croise la doublure du chanteur d’Ultra Vomit, qui demande ironiquement : « Mais qu’est-ce que vous faites ? » Réponse : « Bah, on s’ennuie chez nous. » Ça a bien cogné !
Quelques notes de Break Stuff retentissent et le public réagit instantanément. Mais le morceau ne sera pas joué en entier. Il faut le garder pour ce soir, lorsque Limp Bizkit fera son apparition. Si ça continue comme ça, il va y avoir des folies. Ça, c’est le samedi au Hellfest.
Pause hydratation, puis retour en Warzone pour Cro-Mags. Tatouages dehors et énergie rageuse sont de mise afin de maintenir la foule en ébullition, autant sous le soleil que dans les corps en perdition dans la fosse. Le crossover thrash punk si identifiable des fondamentaux de New York est porté par un Harley Flanagan qui semble défier le temps.
Il faut ensuite être dans les temps pour immortaliser Anthrax. Mais avant cela, la Mainstage accueille un concentré de featurings et de très, très bonne ambiance avec Enhancer. Oui, oui, les Franciliens du nu metal français sont de retour. Le groupe réussit le tour de force de transformer la grande scène en fête géante entre potes. Mark de Pleymo, des membres de The Arrs et même JoeyStarr déboulent sur scène.
Quand ce n’est pas une apparition surprise, David Gitlis harangue la foule avec bonhomie ou se jette dans le public… Aïe… Ça a dû piquer un peu. C’est ce qui s’appelle faire corps avec son public.
On poursuit dans une ambiance fort différente, mais pas moins belle, avec un collectif en pleine forme : Anthrax et son crossover thrash unique, teinté de heavy metal. Ça bouge beaucoup sur scène, et ça fait du bien de voir que des groupes à la carrière aussi longue prennent toujours autant de plaisir à être là, devant leur public.
À peine le temps de savourer que la Warzone réclame de nouveau sa dose de violence. Tu veux faire du rameur au milieu d’un pit en te faisant slamer dessus ? Tu veux slamer sur un circle pit ? Tu veux de la bagarre ou simplement danser en chocs ? Va voir Kublai Khan ! En prime, tu auras peut-être des débris de verre… en plastique dans tes chaussettes. Les Texans ont parfaitement investi la zone de guerre.
Nouveau changement d’atmosphère. Retour à des sonorités moins brutales, mais à une immersion d’un autre type. En Mainstage, M. Maynard James Keenan officie aux côtés de ses musiciens avec A Perfect Circle. Non, pas de circle pit, calmez-vous ! On n’est plus en Warzone, là. Laissez-vous porter par les mélodies et… Attends… Cette rythmique si pointue… Mais c’est du Tool, ça… Il a triché et glissé un titre dans la setlist ! C’était sûrement pour vérifier si on suivait encore.
On enchaîne avec une autre figure phare du metal : le géant Megadeth, emmené par son frontman aux cheveux de feu, Dave Mustaine, bien sûr. Son jeu reste toujours aussi précis et concentré, tandis que l’exubérant Dirk Verbeuren officie aux fûts. Les autres musiciens ne sont pas avares de riffs pointus, pour un set déroulé sans accroc.
La fin de soirée approche et l’espace du Hellfest devient très, très dense. Limp Bizkit. Un décompte s’affiche, repris en chœur par les spectateurs, avant une photo spéciale. D’autres séquences apparaissent ensuite ponctuellement sur les écrans pour chambrer quelques personnes dans le public. La foule est très jeune, pas forcément de l’époque. On risque de souffrir, surtout si certains ont vu les images du concert en Grèce et qu’elles leur ont donné des idées.
Ça ne manque pas. Dès le premier riff, tout part en vrille. On se fait essorer une première fois. Deuxième morceau : des circle pits s’ouvrent un peu partout. Le groupe passe ensuite en mode « Time Machine », avec ses classiques entrecoupés de passages radio des années 1980 et de plusieurs featurings. Une forme de mélancolie se dégage de l’ensemble.
Le frontman reste très calme, mais présent et à l’affût. Il interrompt d’ailleurs un morceau lorsqu’il aperçoit une personne en train de faire un malaise. Sur l’ensemble du set, on a dû reculer de 100 à 200 mètres, uniquement sous l’effet des mouvements de foule et en tentant d’y résister. Messieurs, boulot bien fait.
Après la leçon de nu metal de Limp Bizkit, les Polonais de Behemoth transforment la Mainstage en un voyage sombre et léché, au son d’un black/death metal aussi envoûtant qu’inquiétant, dans un décor scénique de toute beauté.
Journée essorage. Le corps crie de partout. En quelques heures, on sera passé du sludge au grindcore, du crossover thrash au black metal, du nu metal à l’univers suspendu d’A Perfect Circle. Une succession de grands écarts stylistiques qui résume finalement assez bien ce samedi : brutal, dense, parfois absurde, mais toujours vivant.
Une journée riche. Très riche. Une journée où l’on aurait envie d’avoir encore 20 ans — ou, au minimum, des genoux neufs.
Crédits : live report réalisé par Tetralens (Emma B.) et FouPouDav. Merci à toute l’équipe du Hellfest pour son accueil.