Electric Callboy : Tanzneid est terriblement efficace… et c’est presque son problème

(Mis à jour le ) à 08h58
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Electric Callboy : Tanzneid est terriblement efficace… et c’est presque son problème

Le problème d’Electric Callboy n’est plus de savoir si sa formule fonctionne. Elle fonctionne presque trop bien.

Depuis TEKKNO, le groupe a trouvé un équilibre immédiatement identifiable entre metalcore, techno, refrains pop gigantesques, breakdowns et humour volontairement idiot. Avec Tanzneid, tous ces ingrédients sont encore là. Mais une question finit par s’imposer : que reste-t-il de l’imprévisibilité lorsque l’imprévisibilité elle-même est devenue une formule ?

Electric Callboy maîtrise parfaitement sa blague

Tanzneid ne cache jamais ses intentions. Electric Callboy veut faire danser, rire, sauter et ouvrir des moshpits, parfois dans la même minute. Synthés clinquants, énergie de fête, paroles simplistes et contrastes outranciers entre pop sucrée et metalcore : tout est poussé très loin.

Dans ses meilleurs moments, cela reste terriblement efficace. Hypercharged en est un bon exemple. Le texte frôle le cliché, mais l’énergie, les synthés et surtout le breakdown suffisent à emporter le morceau.

Elevator Operator pousse encore plus loin l’absurde. Le concept est volontairement stupide, mais Electric Callboy possède cette capacité assez rare à transformer une blague en véritable chanson pop/metal. On peut lever les yeux au ciel tout en constatant que le refrain s’est déjà installé dans la tête.

Quand la surprise devient prévisible

Le problème apparaît lorsque Tanzneid répète suffisamment ce procédé pour que l’auditeur commence à anticiper chaque rupture.

Just The Way You Are résume parfaitement cette limite. Le morceau démarre comme une caricature des boys bands des années 90 avant de basculer brutalement vers l’un des passages les plus lourds du disque. La première fois, l’effet fonctionne. La troisième, on connaît déjà la chute.

Cette mécanique traverse une grande partie de l’album : couplet piloté par les synthés, énorme refrain pop, breakdown, retour à l’electro. Les tempos et les textures techno restent également assez proches pour que plusieurs titres finissent par se confondre.

Heartclub apporte heureusement une variation bienvenue. Plus agressif et frontalement metalcore, il rappelle qu’Electric Callboy peut déplacer son centre de gravité sans perdre son identité.

TEKKNO avait encore l’avantage de la surprise

La comparaison avec TEKKNO est difficile à éviter. Sur ce disque, les morceaux humoristiques possédaient des concepts suffisamment distincts pour conserver leur personnalité, tandis que quelques titres plus sérieux venaient casser le rythme.

Tanzneid paraît beaucoup plus uniforme. Le sentiment devient parfois celui d’entendre différentes déclinaisons d’un même modèle, comme si We Got The Moves avait progressivement cessé d’être une chanson pour devenir un patron de composition.

La tracklist renforce cette impression. Avec quatorze pistes comprenant du matériel déjà connu, des collaborations, des remixes et une reprise, Tanzneid ressemble parfois davantage à une compilation assemblée au fil des années qu’à un nouvel album pensé comme un ensemble.

RATATATA symbolise particulièrement le problème. La collaboration avec BABYMETAL reste efficace prise isolément, mais elle date de 2024 et figurait déjà sur Metal Forth. Sa présence ici réduit forcément le sentiment de nouveauté.

Let The Good Times Roll avec The Offspring paraît de son côté assez peu essentiel à l’identité du disque, tandis que la reprise de Still Waiting de Sum 41 surprend par sa sagesse. Pour un groupe habituellement aussi outrancier, elle semble presque trop conventionnelle.

Un disque pensé pour l’instant présent

Reste une question importante : est-ce vraiment un problème ? Electric Callboy ne prétend pas produire une œuvre introspective ou révolutionnaire. Le groupe veut provoquer une réaction immédiate, et dans cette perspective, Tanzneid remplit souvent parfaitement son contrat.

La logique devient encore plus évidente lorsqu’on imagine ces morceaux en festival. Les refrains appellent le chant collectif, les synthés la danse et les breakdowns le moshpit. Une partie du disque semble davantage conçue pour déclencher quelque chose devant une foule que pour être disséquée au casque.

Mais cette efficacité immédiate se paie en rejouabilité. Une rupture hilarante à la première écoute devient prévisible à la troisième, et un refrain volontairement idiot peut rester en tête sans forcément donner envie d’y revenir pendant des années.

Verdict

Tanzneid n’est pas un échec de formule. C’est presque l’inverse. Electric Callboy maîtrise tellement bien sa recette que cette maîtrise devient son principal défaut.

Les hooks fonctionnent, les synthés brillent, les breakdowns frappent fort et l’énergie ne retombe presque jamais. Pendant une demi-heure, le disque peut être extrêmement amusant. Mais là où TEKKNO transformait encore l’absurdité en surprise, Tanzneid montre un groupe devenu si reconnaissable qu’il en devient prévisible.

On peut donc rire, headbanger et danser pendant toute l’écoute, puis réaliser une fois le silence revenu qu’il reste finalement assez peu de morceaux auxquels on ressent le besoin de revenir. C’est à la fois la meilleure défense de Tanzneid et l’accusation la plus sérieuse que l’on puisse lui adresser.

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