Eyal Levi, fondateur d’URM Academy et guitariste de Dååth, s’oppose à la vision pessimiste de Rick Beato sur la musique moderne, en livrant une réponse détaillée et nuancée aux critiques du célèbre YouTuber et ancien producteur.
Quand Rick Beato accuse la modernité de ruiner la musique
Dans une vidéo intitulée The Real Reason Why Music Is Getting Worse, Rick Beato dresse un constat amer : selon lui, la musique serait devenue « trop facile à faire », perdant ainsi son authenticité et sa valeur. Il critique notamment l’usage généralisé d’outils comme l’auto-tune, la quantisation ou les simulateurs d’amplis, ainsi que la manière dont le streaming banaliserait l’écoute musicale.
Pour illustrer son propos, Beato compare une batterie retouchée à une performance de John Bonham, évoque l’usage caricatural de l’auto-tune par T-Pain, et déplore la dépendance des artistes modernes aux presets et à l’automatisation. Il regrette aussi la disparition du “sweat equity”, cette notion d’effort nécessaire autrefois pour accéder à la musique, aujourd’hui remplacée, selon lui, par un flux constant et jetable via Spotify ou Apple Music.
Eyal Levi : » Le souci, c’est pas la technologie, c’est ce qu’on en fait »
Dans une vidéo publiée sur la chaîne d’URM Academy, Eyal Levi répond point par point aux arguments de Rick Beato. Selon lui, si la production musicale est effectivement plus accessible, cela ne signifie pas pour autant qu’elle est moins bonne : « C’est plus facile que jamais d’être médiocre. Mais faire de la grande musique reste tout aussi difficile qu’avant. »
À propos de la quantisation, Levi explique que le problème ne vient pas de l’outil mais de son usage : « Quantiser John Bonham est une mauvaise idée, oui. Mais cela ne signifie pas que la quantisation est mauvaise en soi. » Il en va de même pour l’auto-tune : « Utilisé correctement, il peut renforcer l’émotion d’un passage sans en tuer le feeling. Et je suis convaincu que Queen ou les Beatles l’auraient utilisé s’ils l’avaient eu. »
Levi défend la créativité de la scène metal actuelle
Fondateur de Nail The Mix – une plateforme d’apprentissage du mixage créée avec Joey Sturgis et Joel Wanasek – Levi rappelle que des milliers de producteurs soumettent chaque mois leurs versions de morceaux issus de sessions réelles. Si les outils étaient aussi simplistes que Beato le dit, « tous ces mix sonneraient bien. Mais ce n’est pas le cas. Ce n’est pas si simple. »
Pour Levi, la critique d’une homogénéisation du son metal est biaisée : « Dans les années 90, tout le monde voulait un Marshall ou un 5150. Aujourd’hui, les gens utilisent des presets parce qu’ils fonctionnent. Ça n’a rien de nouveau. » Il insiste aussi sur le fait que certaines esthétiques modernes, comme celles du djent ou du metal progressif, reposent précisément sur un son ultra-corrigé et mécanique, qui est adopté comme un choix artistique plutôt que comme une limitation technique.
Streaming, créativité et nouvelles opportunités
Autre point de désaccord : la vision de Rick Beato sur le streaming. Ce dernier y voit une dilution de la valeur de la musique, comparant les plateformes à un robinet qu’on ouvre et referme sans réfléchir. Pour Levi, cette image passe à côté d’un changement fondamental : « Grâce au streaming, des milliers d’artistes indépendants peuvent aujourd’hui exister. Ce n’était pas le cas dans le vieux système, dominé par quelques labels et gatekeepers. »
Il poursuit : « Les gens se plaignent de l’algorithme, mais il permet souvent de découvrir des groupes incroyables. Le vrai problème n’est pas la facilité avec laquelle on peut écouter de la musique, mais plutôt la surabondance de l’offre culturelle en général. » Face à la nostalgie de Beato, Levi rappelle que beaucoup d’albums des années 80 ou 90 étaient remplis de morceaux oubliables, et que la démocratisation de la musique permet aujourd’hui à chacun de filtrer ce qu’il écoute.
Conclusion : des outils au service de la vision artistique
Pour Eyal Levi, la technologie en elle-même n’est ni bonne ni mauvaise : tout dépend de ce qu’on en fait. « Les sons plats ne sont pas dus aux outils, mais à l’absence de vision artistique. Si vous utilisez toujours le même sample de caisse claire à pleine vélocité, évidemment que ça sonnera artificiel. Mais un bon ingénieur du son saura en faire quelque chose de vivant. »
Il termine sa vidéo en rappelant que l’objectif d’URM Academy n’est pas d’enseigner des recettes miracles, mais de former des producteurs capables d’utiliser les bons outils pour exprimer leur vision : « Arrêtez de fantasmer le passé. Comprenez vos outils, développez votre sens artistique, et faites de la musique qui tue. »