“Aujourd’hui, ils sont tous partis… et c’est franchement irréel.” Dans une nouvelle interview accordée à Talkin’ Rock with Meltdown sur 101 WRIF, Mikkey Dee replonge dans ses années Motörhead avec une émotion intacte. Derrière les souvenirs de tournées et les anecdotes de studio, le batteur évoque surtout le vide laissé par Lemmy Kilmister, Würzel et Phil Campbell.
Désormais membre de Scorpions, le musicien suédois reste l’un des derniers témoins d’une époque essentielle de Motörhead. Quelques semaines après la disparition de Phil Campbell, il raconte ce qui faisait la force du groupe : une fraternité sans compromis, un équilibre fragile entre chaos et loyauté, et une vision du rock’n’roll que Lemmy refusait de trahir.
“On formait une vraie famille”
Mikkey Dee a passé près de vingt-cinq ans derrière les fûts de Motörhead, de son arrivée en 1992 jusqu’à la mort de Lemmy en 2015. Aujourd’hui, le temps écoulé semble encore difficile à accepter pour le batteur.
Il confie : “On formait une vraie famille. Ce groupe avait quelque chose d’unique. Quand je repense à tous ces moments avec Würzel, Lemmy et Phil, j’ai encore du mal à réaliser qu’ils ne sont plus là.”
Ces mots résonnent particulièrement depuis la mort de Phil Campbell en mars dernier. Guitariste incontournable du groupe pendant plus de trente ans, le musicien gallois avait rejoint Motörhead en 1984 aux côtés de Würzel, participant ensuite à plusieurs albums majeurs comme Orgasmatron, 1916 ou March Ör Die.
La disparition de Campbell a provoqué une vague d’émotion dans toute la communauté rock et metal, tant son nom reste associé au son abrasif et sans détour du groupe britannique.
Le départ de Würzel, première grande fracture
Pour Mikkey Dee, la première véritable cassure remonte pourtant au départ de Würzel au milieu des années 1990. Derrière l’image rugueuse de Motörhead, le batteur décrit un groupe profondément soudé humainement.
Il explique : “Le départ de Würzel nous a vraiment touchés, surtout Lemmy. C’était son meilleur pote. Il avait besoin de passer à autre chose, mais pour nous, ça a été une énorme perte.”
Après cette séparation, Motörhead se recentre autour du trio Lemmy Kilmister, Phil Campbell et Mikkey Dee. Une formation devenue emblématique pour toute une génération de fans, capable de mêler la brutalité du heavy metal à l’urgence du punk et à l’esprit du vieux rock’n’roll cher à Lemmy.
Une démocratie permanente au cœur du groupe
Malgré l’aura presque mythologique de Lemmy, Mikkey Dee insiste sur un point : Motörhead fonctionnait comme un véritable collectif.
Le batteur raconte : “Contrairement à ce que beaucoup imaginent, tout se décidait ensemble. Phil et moi avons même voté contre Lemmy plusieurs fois. Ça ne lui plaisait pas forcément, mais chacun avait son mot à dire.”
Selon Dee, cette tension permanente entre les personnalités du groupe constituait justement son équilibre. Lui et Phil Campbell poussaient parfois les morceaux vers quelque chose de plus moderne ou technique, tandis que Lemmy ramenait toujours Motörhead vers son identité la plus brute.
“On n’est pas Rush”
Cette opposition ressort particulièrement dans les souvenirs liés à l’écriture des morceaux.
Mikkey Dee se souvient : “Phil et moi avions parfois tendance à aller un peu trop loin. Et Lemmy nous stoppait net : ‘C’est quoi ce truc ? On n’est pas Rush.’ Nous, on lui répondait qu’on n’allait pas non plus refaire un disque de Buddy Holly. Au final, on trouvait toujours le bon équilibre.”
Cette alchimie permettait au groupe d’évoluer sans perdre son identité. Motörhead pouvait durcir son son, expérimenter certaines idées, tout en restant fidèle à cette simplicité agressive devenue sa signature.
Lemmy, l’anti-rock star absolu
Au-delà de la musique, Mikkey Dee revient aussi sur ce qui rendait Lemmy unique à ses yeux : son rejet total du statut de rock star.
Il affirme : “Le côté rock star ne l’intéressait absolument pas. Parmi tous les musiciens que j’ai rencontrés, c’était probablement celui qui jouait le moins ce rôle-là.”
Le chanteur refusait systématiquement d’être mis en avant seul lorsque le groupe n’était pas impliqué. Pour lui, Motörhead existait comme un bloc indivisible, et non comme un leader entouré de musiciens.
Cette philosophie, Mikkey Dee l’avait déjà évoquée en revenant sur la vision simple et intransigeante de Lemmy, profondément attachée à l’authenticité et au refus des compromis.
“Je serais resté jusqu’au bout”
Lorsqu’on lui demande pourquoi cette dernière incarnation de Motörhead a duré aussi longtemps, Mikkey Dee répond sans hésiter : il ne serait jamais parti.
Il déclare : “Tant que Lemmy aurait été là, j’y serais resté jusqu’au bout. On avait tout : l’amitié, la musique, l’esprit de famille. Je ne pense pas revivre quelque chose comme ça un jour.”
Le batteur évoque également l’importance du crew, choisi avec soin au fil des années afin de préserver l’équilibre humain du groupe sur la route.
Depuis la fin de Motörhead, l’héritage du groupe continue de vivre à travers les hommages, les célébrations et les lieux dédiés à la mémoire de Lemmy. Mikkey Dee, lui, poursuit sa route avec Scorpions après avoir lui-même frôlé la mort à cause d’une septicémie ces dernières années.
Lemmy Kilmister est décédé le 28 décembre 2015 à l’âge de 70 ans. Würzel est mort en 2011 à 61 ans des suites de problèmes cardiaques. Phil Campbell est décédé en mars 2026 à l’âge de 64 ans.