On pourrait presque reprocher à SPLAT! d’aller trop vite. À peine un riff est-il posé qu’un autre arrive déjà, comme si Deep Purple refusait soudain de perdre une seule seconde. Aucun morceau ne dépasse les cinq minutes. À bientôt 60 ans de carrière, c’est quasiment une provocation.
Le groupe aurait pu ralentir, étirer, regarder son propre mythe dans le miroir. Il fait l’inverse. Il branche les amplis, se regarde à peine et avance.
Pas un disque testamentaire
SPLAT!, 24e album studio de Deep Purple, n’a rien du monument solennel. Tant mieux. Prévu pour le 3 juillet via earMUSIC, et chroniqué ici à la veille de sa sortie, le disque ressemble plutôt à une vieille mécanique parfaitement entretenue : ça vibre, ça chauffe, mais le moteur tourne toujours aussi rond.
Les clins d’œil aux années 70 existent, bien sûr. Difficile de faire autrement quand on s’appelle Deep Purple. Mais ils arrivent comme des réflexes, pas comme un argument marketing. Un bout de Hammond ici, une relance de batterie là, une guitare qui mord juste ce qu’il faut. Rien de révolutionnaire. Beaucoup de métier. Et parfois, c’est exactement ce dont ce groupe a besoin.
Le vrai changement, finalement, porte un nom : Simon McBride. On ne se demande plus comment il va remplacer Steve Morse. La question n’a plus beaucoup de sens. Ce groupe est désormais le sien aussi. Face à Don Airey, il ne force pas la porte : il la pousse, entre, joue, répond, repart. Leur dialogue donne une bonne partie de son relief à l’album.
Ça joue, surtout
Voilà ce que SPLAT! rappelle le mieux : Deep Purple reste un groupe de musiciens. Pas une marque. Pas seulement un logo sur une affiche de festival. Un groupe. Avec des gens qui s’écoutent, qui se relancent, qui savent quand prendre de la place et quand disparaître derrière le morceau.
Don Airey est partout sans jamais écraser l’ensemble. Hammond, piano jazz, synthés : il colore plus qu’il ne décore. Ian Paice reste l’un des grands moteurs du disque, mais la bonne surprise vient aussi de Roger Glover. La basse occupe une place nettement plus importante dans le mix que sur plusieurs albums récents. Résultat : SPLAT! gagne en assise, en groove et en impact. La puissance vient moins des guitares que de tout ce qui se passe dessous.
Et Gillan ? Évidemment, la voix raconte autre chose qu’en 1972. Mais c’est précisément ce qui la rend intéressante ici. Il ne chante pas contre le temps. Il chante avec. Il ironise, cabotine parfois, glisse de l’humour dans des histoires de personnages cabossés et de fins de course. Il ne cherche jamais à impressionner. Il raconte. Et cela suffit largement.
Le défaut de ses qualités
Par moments, on aimerait que SPLAT! prenne plus de risques. Un morceau plus ample. Une vraie sortie de route. Un refrain qui reste accroché longtemps après l’écoute. On attend presque le moment où Deep Purple va quitter la route. Il n’arrive jamais vraiment.
Ce n’est pas très grave.
Parce que Deep Purple ne vend pas ici une révolution impossible. Le groupe livre un album de hard rock direct, bien tenu, porté par une énergie collective assez rare à ce stade d’une carrière. Bob Ezrin canalise sans plastifier. Le son respire. C’est souvent le meilleur compliment possible.
Tracklist de SPLAT!
- Arrogant Boy
- Diablo
- The Rider
- The Lunatic
- The Only Horse In Town
- Sacred Land
- The Beating Of Wings
- Guilt Trippin’
- Scriblin’ Gib’rish
- Jessica’s Bra
- Third Call
- My New Movie
- SPLAT!
Verdict
SPLAT! ne bouleverse pas la discographie de Deep Purple. Il ne cherche même pas vraiment à le faire. Son mérite est ailleurs : dans cette manière de transformer l’expérience en mouvement, l’âge en caractère, le passé en carburant plutôt qu’en vitrine.
On ressort de l’écoute avec une impression simple, presque agaçante tant elle paraît improbable… Deep Purple donne encore envie de savoir ce qu’il fera ensuite. Pour un groupe qui approche les 60 ans de carrière, c’est plus qu’un bon signe. C’est assez admirable.