Le soleil se lève sur Clisson avec (presque) toujours autant d’enthousiasme. Le beau temps est encore de la partie, et on se mobilise déjà sur le site pour les premières performances de la matinée. Un petit tour dans l’espace presse pour prendre un café et se tenir au courant des actualités du jour, des conférences de presse au programme, des groupes ayant des restrictions spécifiques, etc… et je suis de retour.
D’ailleurs, le sujet de la vague de vols de portables qui a eu lieu la veille, et d’une première interception par la police (suivie d’une autre récupération de plusieurs centaines de portables dans les jours qui ont suivi) fait partie des conversations entendues ici et là.
Texte et photos par Tetralens (tetralens.com)
“C’est reparti”
Mon périple musical, et ce samedi en sera un, commence par une découverte presque fortuite, Pestifer, qui débouche efficacement les oreilles et réveille les festivaliers encore à jeun à l’ombre de l’Altar. Le groupe belge délivre une leçon de death metal aux accents techniques très intéressants.
La sensation Scarlean prend place sur la grande scène, et je vais de ce pas en écouter un peu. C’est assez mélodique pour une signature plutôt metal progressif, et le ton général est sombre et précis, mais tout cela avec une bienveillance et une interaction avec le public très appréciable.
À cette heure matinale, les foules se rassemblent pour regarder la sensation indienne, Bloodywood. Quel plaisir de voir cette mobilisation ! Les ayant découverts en 2022 au Motocultor Festival, je trouve la performance d’aujourd’hui beaucoup plus rigoureuse, sans temps mort et avec un engagement homogène de la part des musiciens. Ce folk metal à tendance metalcore, rehaussé par des sonorités très épicées, rend le résultat unique et très bien cuisiné. Une ambiance magnifique en prime.
Sans grande conviction, je m’attarde sur Enforcer, et c’est une bonne surprise. Ce n’est peut-être pas mon style de prédilection, mais ce heavy/speed metal old-school venu de Suède, avec ses codes qui empiètent sur le glam rock, donne le sourire et fait bouger les hanches. Le collectif aux cheveux blonds, dont les frères Wikstrand, offre un show de grande qualité.
Je suis tentée de faire un détour par la scène Altar pour voir The Dali Thundering Concept (qui a éveillé ma curiosité en 2022), mais je préfère assurer ma chance de voir (pour la première fois) et de photographier Fever 333 sur la Mainstage. Ce groupe de rap-core, avec son mélange de sonorités punk et hip-hop, est un UFO qui gagne de plus en plus de fans à chaque apparition, avec un faux air de Papa Roach (avec qui ils ont collaboré sur Swerve, d’ailleurs). Un set plein d’entrain où le chanteur Jason Aalon Butler n’est pas à court d’énergie, et où sa bassiste n’hésite pas à prendre la pose et à esquisser diverses moues.
Même en ayant le goût de la diversité, il faut savoir être très vite éclectique, comme c’est le cas pour apprécier le changement total d’atmosphère à l’approche du set du groupe de folk rock/metal alternatif nordique Kalandra. Un bijou immersif de douceur, de mélancolie et de sonorités lointaines, dans un écrin de sophistication technique. La performance est une parenthèse enchantée qui vous enveloppe comme une brume, portée par sa chanteuse et ses musiciens concentrés, qui manquent peut-être un peu de générosité avec le public.

Le suivant est un groupe que j’affectionne particulièrement, et je ne suis pas la seule. Ten56. Leur ascension a été fulgurante, et la scène française des musiques extrêmes ne peut QUE tabler sur eux à présent. Un deathcore brut et chirurgical qui donne envie de pogoter et headbanguer, le tout servi par une bande de gars aussi sympathiques les uns que les autres. Une setlist qui ne se relâche jamais, avec des bangers comme Sick Dog, Traumadoll, Boy, RLS et Kimo. Bref… Blegh !
Je me prépare pour l’une des performances que j’attends depuis longtemps (suite à des annulations successives) et je suis ravie de voir la fin d’Evergrey (vétérans suédois du metal progressif) sur la Mainstage en attendant Asking Alexandria.
AA fait partie de ces groupes qui voyagent à travers des variations musicales (tantôt plus rock, tantôt plus metalcore) via différents albums, tout en gardant leur identité bien chevillée au corps. Très lié aux États-Unis, le groupe britannique (et il en est fier, vu les visuels d’union jack en arrière-scène) a pris le meilleur des deux mondes. Et sur scène ? Hormis un Danny Worsnop encapuchonné tout au long de la performance, l’énergie est au rendez-vous, et la setlist est un florilège de tubes tels que Alone Again, le pop-rock The Violence, le galvanisant Into The Fire, Down to Hell, et le récent Dark Void, dont le refrain entraînant met en valeur les variations de voix de Danny. Le concert se termine par Alone In A Room… Là, on m’a perdue. Un titre bien trop chargé de sens pour que je reste de marbre. Une belle baffe prévisible.
Là, au milieu de la foule des festivaliers, je retrouve mon calme lorsqu’un autre lecteur de MetalZone m’interpelle pour me faire part de son enthousiasme et de ses encouragements. Un moment réconfortant qui illustre la gentillesse dont est capable la communauté metal qui nous est si chère.
Comme pour amorcer une transition, le ciel nous offre une belle et forte averse, qui coïncide bien avec mon projet d’aller voir Loathe à l’Altar. Animée d’une impatience mal masquée, le groupe dont j’ai abordé la discographie sans conviction en 2019 et qui m’a finalement conquise, chose confirmée lors d’un magnifique concert à Londres en 2021, est au programme du Hellfest cette année, et cela me ravit. Le public semble découvrir notre groupe britannique polymorphe, qui utilise des ingrédients de shoegaze/metal progressif/djent/metalcore pour servir une musique immersive façon Lynch. Après un début de performance un peu retenu, Kadeem, Erik, Feisal et Sean se lâchent davantage et semblent convaincre un large panel de spectateurs.
Je m’offre une pause bienvenue, pendant laquelle j’aperçois distraitement Beast In Black, qui met l’ambiance avec son power metal très… scénarisé – qui fait penser à la BO d’une séance de fitness, notamment dans la présence scénique du chanteur.
Cet intermède m’empêche d’aller voir Gandma’s Ashes, le trio de stoner progressif féminin en pleine ascension (et c’est bien mérité). Si, comme moi, vous l’avez manqué, nous vous invitons à vous rattraper lors de futurs concerts comme celui de Brest en novembre 2023.
Sous la fraîcheur toute relative du Temple, je suis absorbée par l’univers de SAOR, un monde à la frontière du black metal, du folk metal aux racines celtiques et de la musique sombre et atmosphérique. La belle histoire racontée par l’Écossais Andy Marshall est agrémentée d’instruments plus traditionnels comme le violon et la cornemuse. Une parenthèse enchantée.
Les scènes principales sont prêtes pour une performance de Puscifer, l’un des groupes de Maynard James Keenan. S’il est possible de classer ses projets du plus dément au plus perché, Puscifer remporterait sûrement la palme. Dans un décor très science-fiction, Keenan et sa coéquipière Carina Round sont les principaux protagonistes d’une mission expérimentale où ils nous embarquent (“la terre du milieu”, comme il le répète à plusieurs reprises) dans leur musique et nous exhortent à dire “merde” au reste du monde… C’est tellement décalé que soit on y adhère au 25ème degré, soit on passe son chemin. Moins réceptive qu’avec Tool, je me suis néanmoins immergée dans ce scénario doux-dingue.
Puisque je suis là, je reste. Un peu, je dois l’avouer, happée par une masse de gens qui semblent attendre LA performance du jour. La proportion non négligeable d’hommes de plus de quarante ans avec un peu de bave aux coins des lèvres est un indicateur non négligeable du programme. Alissa… Excusez-moi ! Arch Enemy est au menu.
Une première expérience live m’avait laissée peu convaincue, alors ne restons pas sur cette idée et allons voir. Après une longue attente infructueuse au niveau de la fosse à photos, je me fraye un chemin au milieu du public et assiste à la performance du groupe de death metal mélodique suédois, dont la chanteuse est entièrement vêtue de bleu (oui, en plus de sa chevelure). Une super ambiance dans le public, des morceaux plébiscités, des musiciens précis, une Alissa White-Gluz sublime, généreuse en mobilité et en performances vocales de qualité (à la fois growl et voix claire). L’ensemble paraît fonctionner, sauf que le show me semble beaucoup trop scénarisé. Le manque d’authenticité diminue à mon sens l’impact de la performance.
J’en profite pour m’évader vers d’autres horizons, ceux du folk power metal oriental (ou “blazing desert metal”) de Myrath, qui plonge le chapiteau du Temple dans un véritable conte des mille et une nuits le temps d’un concert. Une belle confirmation de leur empreinte brûlante sur le paysage musical.
Dans une pénombre certes appropriée, mais techniquement un peu laborieuse, j’enchaîne avec Born Of Osiris. Les Américains sont connus pour leur deathcore avec des passages presque typés djent, caractérisés par des riffs très techniques. L’ensemble décoiffe et ébranle le genre dans ses fondements.
Je me félicite d’avoir fait ce choix, alors que de nombreuses personnes reviennent du set de Porcupine Tree avec un air las ou déçu.
Dans l’ombre de la scène du Temple, les farfadets finlandais de Finntroll prennent le relais. Porté par l’enthousiasme de voir enfin ce groupe que j’écoute de loin depuis longtemps, je m’attends à vivre un moment débridé sous la forme d’une fête de taverne géante. La musique est fidèle à mes souvenirs, un savant mélange de folk metal décomplexé et de black metal joyeux (je sais, rien que de l’écrire ça me fait bizarre). Visuellement, la mise en scène est très désorganisée, et je n’accroche pas au jeu de rôle “à oreilles pointues”. Je m’attends presque à voir des pieds poilus sous les haches factices qui traversent la foule…
Pour rester dans le thème des groupes visuellement marquants, j’assiste à la messe de Powerwolf. Sur la grande scène, certes en adéquation avec un décor somptueux et encombrant, les maîtres du power metal allemand sont grandioses, leurs voix toujours aussi puissantes pour porter leurs chansons épiques et théâtrales, sans oublier la participation enthousiaste du public. Un bémol cependant, la beauté du show perd un peu de sa superbe à cette heure (début de soirée), en plein jour. Enfin, même si ce n’est pas mon groupe préféré, je peux vous assurer que j’ai écouté Powerwolf pendant un bon moment après ça, notamment lors de la rédaction de cet article…
Le Hellfest est désormais noyé dans une foule envahissante, très compacte voire infranchissable aux abords des crashs barrières, et une ambiance électrique envahit les lieux. C’est l’heure de LA tête d’affiche, Iron Maiden.
Sur un décor à plusieurs étages, largement fourni par des écrans formant un fond aux couleurs de Senjutsu, sorti en 2021, Bruce Dickinson, Steve Harris et les autres font leur apparition sur Caught Somewhere In Time, qui représente une entrée en matière assez calme. L’ambiance décolle un peu dans la foule sur The Writing On The Wall. Les corps commencent à affluer de l’arrière, au-dessus de ma tête, transportant des visages souriants aux yeux brillants vers la scène, tandis que les lignes de guitares se multiplient. La performance se poursuit sans que le rythme ne faiblisse, mais sans entrer non plus dans des moments d’extase, avec d’autres titres de la discographie dantesque du groupe britannique, comme The Prisoner, Days Of Future Past et Heaven Can Wait.
Bien que les sauts dans tous les sens ne soient pas à l’ordre du jour dans ce show, Dickinson, McBrain, Harris et les autres offrent un niveau d’engagement appréciable, jouant Alexander The Great et ses belles mélodies, suivi de Fear Of The Dark, qui constitue un grand moment de live.
Après un rappel, le collectif le plus emblématique du heavy metal termine en beauté avec The Trooper et Wasted Years. Un grand moment, bien que peut-être en demi-mesure en termes de mise en scène par rapport à la tournée précédente.
Un détour momentané par Lorna Shore pour l’entracte révèle une tente pleine à craquer, et un deathcore toujours aussi incisif et efficace, avec un maître de cérémonie, Will Ramos, absolument bluffant de talent.
Faun est ma prochaine destination, un groupe qui se fait trop rare sur la scène. Les distillateurs pagan/folk allemands ont une propension à vous faire voyager dans le temps à travers leur musique. Au risque de frôler parfois le “néo-médiévisme bisounours”, leur bienveillance transparaît néanmoins et finit par emporter la foule (et même les plus renfrognés) dans une bulle temporelle aux aspects de fête de village autour des ménestrels modernes qu’ils incarnent à la perfection.
Le reste de la soirée est émaillé de performances de qualité, pour la plupart quasiment inatteignables. C’est notamment le cas de The Hu, où une véritable horde de personnes veut assister à l’avènement clissonesque des Mongols. Carpenter Brut et Meshuggah, même combat. Toutes ces performances ont été saluées et louées comme des “dingueries”, mais elles étaient hors de portée de nombreux festivaliers, ou n’ont été aperçues et entendues que de loin.
Le jour de la clôture n’est plus qu’à quelques heures à présent. Suite au prochain épisode…
À propos de Tetralens
Cet article a été rédigé par Tetralens, qui est également la propriétaire de toutes les photos que vous avez vues ci-dessus.
Tetralens est une photographe basée à Paris. Si vous souhaitez discuter avec elle de son travail et/ou collaborer avec elle, vous trouverez toutes ses informations ci-dessous !
TETRAlens rassemble toutes les expressions de mon travail photographique, récent ou datant de plusieurs années. J’y présente principalement un extrait de mes captures de concerts live, essentiellement issus de la scène Metal et Rock, ainsi qu’un petit aperçu de mes autres sujets photographiques, tels que les paysages, les détails et l’architecture. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu capturer à travers mon objectif ce que mes yeux voulaient immortaliser : le tranchant d’une lumière, la force d’un instant, la douceur d’un regard, l’énergie d’un moment, ces choses qui rendent le monde plus beau. Depuis mon plus jeune âge, cette passion m’a suivi dans mon quotidien ou dans mes voyages, mes yeux regardant constamment la nature, les villes et les gens comme une source d’inspiration pour nourrir mon expression artistique. Le canal le plus emblématique étant la musique live, les événements à travers lesquels l’humain est un vecteur des vibrations les plus positives.