Avant Alice Cooper, avant Demi Lovato et avant les grandes tournées, il y a eu Jennifer Batten. Pour Nita Strauss, voir une guitariste occuper une telle place aux côtés de Michael Jackson a ouvert une brèche décisive dans un univers où elle peinait encore à se reconnaître.
Aujourd’hui, la musicienne mesure son propre parcours à travers les jeunes fans qui prennent une guitare après l’avoir vue sur scène. Une forme de transmission qui semble compter autant, sinon plus, que les records et les tournées.
Le déclic Jennifer Batten
Dans un entretien accordé à Metal Hammer, Nita Strauss revient sur les images et les guitaristes qui ont nourri sa vocation. Fascinée très jeune par Steve Vai et l’expressivité de son jeu, elle explique aussi avoir grandi dans un environnement musical où les modèles féminins restaient rares.
Un souvenir revient alors avec une force particulière : Jennifer Batten jouant avec Michael Jackson lors du Super Bowl de 1993. Strauss ne présente pas seulement cette apparition comme une performance impressionnante, mais comme une image capable de déplacer les lignes.
« C’était comme découvrir une Barbie qui me ressemblait. D’un coup, je me suis dit : “Je peux faire ça moi aussi.” »
La formule peut sembler presque enfantine, mais elle dit précisément ce que la virtuosité seule ne suffit pas toujours à produire : un effet de reconnaissance. Avant de devenir l’une des guitaristes les plus visibles de sa génération, Strauss a d’abord eu besoin de voir quelqu’un lui montrer que cette place existait déjà.
De spectatrice à modèle
Avec le recul, Nita Strauss mesure le chemin parcouru. Les pionnières comme Lita Ford, Nancy Wilson, Jennifer Batten, Phantom Blue ou Orianthi ont ouvert des portes dans un paysage rock et metal longtemps dominé par les hommes. Aujourd’hui, selon elle, une nouvelle génération peut trouver des héros beaucoup plus variés, sur scène comme en coulisses.
Cette évolution, elle l’a aussi constatée lors de sa tournée avec Demi Lovato, où les femmes occupaient plusieurs postes clés au sein de l’équipe. Pour Strauss, ce changement ne relève pas seulement du symbole : il peut provoquer, chez quelqu’un, le même déclic que celui qu’elle a connu en découvrant Jennifer Batten.
C’est ce qui rend certains témoignages particulièrement forts à ses yeux.
« Ma fille vous a vue jouer avec Demi Lovato et elle a demandé une guitare pour son anniversaire. »
En une phrase, tout se rejoint : l’enfant qui cherche un modèle, la musicienne qui finit par devenir ce modèle, et cette idée très simple qu’une image peut parfois suffire à déclencher une vocation.
« Si je peux susciter cette même envie chez la prochaine génération, alors c’est tout ce qui compte. »
Quelques semaines après la naissance de son fils Maxwell James, Nita Strauss regarde ainsi son parcours sous l’angle de la transmission. Plus que les distinctions ou les concerts prestigieux, c’est peut-être là que se trouve le véritable héritage d’une guitariste devenue, à son tour, une figure dans laquelle d’autres peuvent se reconnaître.