La musique peut-elle encore changer quelque chose dans un monde profondément divisé ? Pour Sami Yli-Sirniö et Frédéric Leclercq de Kreator, la réponse est nuancée. Les deux musiciens veulent croire qu’elle conserve un pouvoir fédérateur, même si son influence n’est peut-être plus celle des décennies passées.
Et si elle ne peut pas changer le monde, elle peut au moins offrir quelques minutes loin de lui. Une idée particulièrement intéressante venant de Kreator, groupe habitué à regarder en face les fractures de l’humanité.
Peut-on encore changer le monde avec de la musique ?
Interrogés par Kati Rausch de Music Interview Corner sur la capacité de la musique à rassembler, Sami Yli-Sirniö et Frédéric Leclercq ont livré deux réponses complémentaires.
Yli-Sirniö veut encore croire à cette possibilité, tout en se demandant si une chanson peut aujourd’hui avoir autant d’impact qu’à une époque où musique et mouvements sociaux semblaient parfois avancer ensemble.
« Je l’espère vraiment. Parfois, je me demande si la musique peut encore avoir autant d’impact aujourd’hui qu’elle pouvait en avoir, par exemple, dans les années 60 ou 70. Peut-être pas tout à fait autant, mais je pense qu’elle peut toujours faire bouger les choses. »
Pas de grande déclaration sur le pouvoir salvateur du metal, donc. Le guitariste défend plutôt l’idée qu’une œuvre peut encore toucher, rapprocher ou faire évoluer celui qui l’écoute.
Frédéric Leclercq : « Offrir aux gens une forme d’évasion »
Leclercq déplace légèrement la question. Changer le monde, peut-être. Permettre aux gens de s’en extraire pendant un instant, certainement.
« Et si ce n’est pas le cas, on peut au moins offrir aux gens une forme d’évasion. C’est déjà quelque chose que la musique devrait pouvoir faire partout : permettre aux gens de s’évader un peu et simplement les divertir. »
Le bassiste reconnaît qu’un artiste peut profiter de sa visibilité pour exprimer des positions politiques, mais considère aussi l’approche inverse comme parfaitement valable. Citant Alice Cooper et sa conception du rock comme divertissement, il résume sa propre position : « Personnellement, c’est ce que j’ai envie de faire : permettre aux gens de s’évader un peu de la réalité dans laquelle nous vivons. »
Cette vision rejoint celle récemment défendue par Mille Petrozza autour de Krushers Of The World. Le frontman expliquait vouloir encourager les gens à profiter de la vie même lorsque le monde semble partir en vrille, présentant le metal comme une manière de prendre momentanément ses distances avec la réalité pour mieux l’affronter.
Un discours en phase avec Krushers Of The World
Ces déclarations interviennent quelques mois après la sortie de Krushers Of The World, seizième album studio de Kreator, paru le 16 janvier 2026 via Nuclear Blast Records.
Le disque, enregistré aux Fascination Street Studios d’Örebro avec Jens Bogren, a notamment été précédé par Seven Serpents, Tränenpalast et Satanic Anarchy. Son univers prolonge cette réflexion sur un monde sous tension, notamment à travers le clip post-apocalyptique de Krushers Of The World.
Kreator a défendu l’album au printemps lors d’une importante tournée européenne avec Carcass, Exodus et Nails, avant de rejoindre les États-Unis en mai pour une série de concerts comprenant notamment des passages par Welcome To Rockville, Sonic Temple et Maryland Deathfest.