“J’ai enregistré la plupart de mes voix dans une cuisine délabrée” : l’incroyable histoire derrière The Number Of The Beast d’Iron Maiden

(Mis à jour le ) à 17h33
Lecture 5 min.
“J’ai enregistré la plupart de mes voix dans une cuisine délabrée” : l’incroyable histoire derrière The Number Of The Beast d’Iron Maiden © Tetralens

Quarante ans après sa sortie, The Number Of The Beast reste l’un de ces albums qui ont changé la trajectoire du heavy metal. Paru en 1982, ce troisième opus d’Iron Maiden n’a pas seulement confirmé le potentiel du groupe britannique : il a posé les fondations d’une carrière appelée à devenir monumentale. Au cœur de cette métamorphose, un nom s’impose naturellement : Bruce Dickinson.

À l’occasion du 40e anniversaire du disque en 2022, le chanteur est revenu sur cette période décisive dans les colonnes de Consequence. Entre souvenirs de studio, nuits blanches et anecdotes improbables, ses confidences permettent de replonger dans la naissance d’un album devenu une pierre angulaire du genre.

L’album qui a fait basculer Iron Maiden dans une autre dimension

Au début des années 1980, Iron Maiden s’est déjà imposé comme l’un des porte-étendards de la New Wave Of British Heavy Metal. Mais l’arrivée de Bruce Dickinson, fraîchement débarqué de Samson, va faire passer le groupe à la vitesse supérieure.

Avec sa voix puissante, son registre étendu et son approche presque théâtrale du chant, Dickinson pousse Steve Harris à revoir sa manière d’écrire. Les compositions gagnent en ampleur, en ambition et en caractère. De cette alchimie naîtront des classiques intemporels comme Run To The Hills, Hallowed Be Thy Name et bien sûr The Number Of The Beast.

Avec le recul, difficile de ne pas voir dans cet album le véritable acte fondateur du son Maiden tel que des millions de fans l’identifient encore aujourd’hui.

Des futurs géants du metal avec l’état d’esprit d’outsiders

Ce qui frappe dans les souvenirs de Dickinson, c’est le contraste entre le statut mythique que le groupe a acquis par la suite et l’état d’esprit qui régnait alors. En 1982, Iron Maiden n’avait pas encore conscience de l’ampleur de ce qui l’attendait.

Le chanteur résumait cette mentalité en quelques mots : “Maiden était une entité différente à l’époque. Nous étions incroyablement féroces, nous étions en guerre contre tout le monde.”

Cette agressivité créative, cette volonté de faire ses preuves coûte que coûte, irriguent chaque recoin de l’album. On y entend un groupe affamé, déterminé à conquérir sa place, bien avant de devenir une institution du heavy metal.

Martin Birch, l’homme qui a su canaliser l’énergie du groupe

Des morceaux déjà prêts à prendre leur envol

Lorsque les sessions d’enregistrement débutent sous la supervision de Martin Birch, les bases sont déjà solidement établies. Le groupe a longuement travaillé les chansons en répétition et sait précisément où il veut aller.

Dickinson se souvenait : “Nous avions déjà la plupart des chansons et nous les répétions depuis un moment. Nous pensions donc savoir assez précisément à quoi elles devaient ressembler. Martin est venu assister à quelques répétitions, il a écouté, a acquiescé, puis nous avons commencé à enregistrer.”

Cette préparation minutieuse explique en partie la cohérence et l’assurance qui se dégagent de l’album, malgré l’énergie parfois brute qui le caractérise.

Des nuits blanches, de la bière et une ambiance de colonie de vacances

À rebours de l’image parfois austère que l’on associe aux grands classiques du metal, l’enregistrement de The Number Of The Beast s’est déroulé dans une atmosphère étonnamment festive.

Dickinson racontait ainsi : “Il régnait une véritable ambiance de fête pendant toute la durée de l’enregistrement. Nous avions même construit un mur entier de canettes de bière dans la salle de contrôle. C’était une immense pyramide composée de tout ce que nous avions bu durant les sessions.”

Les journées de travail se terminaient rarement à des heures raisonnables. Une fois les prises achevées, le groupe restait souvent éveillé jusqu’à l’aube pour réécouter le matériel enregistré.

“Nous restions éveillés jusqu’à quatre ou cinq heures du matin à réécouter ce que nous avions enregistré. Finalement, le producteur nous disait qu’il était temps d’aller dormir parce que nous allions recommencer exactement la même chose le lendemain. L’ambiance était vraiment excellente.”

Derrière les futurs hymnes du metal se cachait donc une bande de jeunes musiciens vivant pleinement l’aventure, sans imaginer que ces sessions entreraient dans la légende.

Une cuisine délabrée comme cabine de chant

Parmi les anecdotes les plus mémorables de cette période figure sans doute celle concernant l’enregistrement des voix. Oubliez les cabines dernier cri et les studios ultra-modernes : Bruce Dickinson a réalisé une grande partie de ses prises dans un endroit pour le moins inattendu.

Le chanteur expliquait : “J’ai enregistré la plupart de mes voix dans une cuisine délabrée. Elle avait été entièrement vidée et il n’y avait pratiquement rien à l’intérieur, à part beaucoup de plâtre humide sur les murs… et moi. Dire qu’il y avait une réverbération naturelle serait un euphémisme.”

Cette image résume à elle seule une part de la magie entourant The Number Of The Beast : un album devenu l’un des plus influents de l’histoire du metal, façonné dans des conditions parfois improvisées, mais porté par une inspiration et une énergie hors du commun.

Plus d'actus sur Iron Maiden

L'actu Hard Rock