Retour une fois de plus au rendez-vous des black t-shirts et des amateurs de gros son : le pèlerinage incontournable de tous les amoureux des riffs, ici à Clisson pour le Hellfest. Cette année, la programmation a fait un peu débat, mais la population est au rendez-vous. Le beau temps aussi.
Des grands noms en Mainstage aux groupes moins consensuels qui se sont illustrés en Warzone ou en Valley, l’ambiance a incontestablement été incroyable, fédératrice, et la musique de qualité au rendez-vous. L’édition 2025 se distingue avec quatre noms séduisants pour clôturer chaque soirée.
Le jeudi, Korn — le retour des maîtres du nu metal ; puis Muse le vendredi — leur toute première fois au Hellfest, un événement qui divise les habitués mais annonce un show impressionnant. Le samedi, c’est Scorpions qui clôture la soirée — les légendes allemandes sont là pour défendre les couleurs du hard rock. Pour boucler l’édition, c’est Linkin Park, le dimanche soir, dans sa version nouvelle, avec Emily Armstrong au chant, plus attendue que décriée…
Jeudi
Le jeudi s’annonce comme un véritable marathon de nu metal et de nostalgie, oscillant entre les Mainstages et la scène Altar, entre découvertes très attendues et piliers indéboulonnables.
Avec un démarrage en fin d’après-midi sur la performance des showmen gallois de Skindred, le ton est donné. Sourires, lâcher-prise et guitares acerbes. C’était le groupe parfait pour lancer le festival : Benji Webbe, sans surprise, exige le Newport Helicopter (faire tourner son t-shirt au-dessus de sa tête). Une dose massive d’énergie ragga metal.
C’est avec Seven Hours After Violet, emmené par Shavo Odadjian (System Of A Down), dont c’est le nouveau projet, que je plonge pleinement dans un moment suspendu. Une découverte qui me marque très positivement, et visiblement, je ne suis pas la seule. Très appréciable pour son mélange de metal alternatif et de sonorités sombres. Premier coup de cœur.
Toujours en Mainstage, on enchaîne avec Apocalyptica : le retour des Finlandais et de leurs violoncelles. Intensité et mélancolie, notamment à travers des reprises de Metallica qui font toujours leur effet.
Puis, c’est un autre moment d’exploration avec l’ovni Kim Dracula. Le TikToker devenu star du metal alternatif, détail qui me rend un peu sceptique au départ, propose un show visuel et sonore qui sort des sentiers battus. Une grosse dose de pop qui rend le projet tout à fait singulier. Idéal pour ceux qui aiment les mélanges de genres improbables.
On commence à entrer dans le dur avec Fit For An Autopsy en Altar pour un gros shoot de deathcore. C’est lourd, c’est technique, et les premiers mosh pits sérieusement motivés apparaissent. Pendant ce temps, Airbourne retourne la Mainstage.
Retour en Mainstage pour un moment très attendu, notamment par moi, avec Imminence et leur metalcore symphonique. Les Suédois sont enfin à leur place ici. J’avais déploré leur non-sélection pour le tremplin deux ans plus tôt, à l’inverse de groupes comme les excellents Henriette B (qu’on attend toujours à Clisson). Eddie Berg et son violon apportent une touche de mélancolie à la force de leurs thématiques. Un moment de grâce légèrement entaché par des problèmes d’équilibrage sonore.
Une pause stratégique pour mieux pouvoir poursuivre ma soirée. Pendant ce temps, Till Lindemann (Rammstein) prend la Mainstage, sans complexe… Le public est partiellement au rendez-vous, attiré par le charisme du protagoniste, mais aussi divisé en raison des affaires peu reluisantes qui lui collent à la peau.
Je rate la performance de Sunn O))) et l’expérience sensorielle apparemment immersive, mais j’aperçois la folie qui s’est emparée de l’audience devant Jinjer, toujours aussi populaire.
Point d’orgue de la soirée : Korn. Les pionniers du nu metal transforment le Hellfest en une énorme marée humaine, en hypnose devant des titres comme Blind ou Freak On A Leash. Jonathan Davis et ses comparses font vibrer tout Clisson dans un show aussi massif qu’efficace.
Je me glisse en Altar pour Whitechapel, à la recherche de sons plus extrêmes. Certes puissants vocalement, Phil Bozeman et ses growls d’outre-tombe ne parviennent pas à me convaincre pleinement…
Ma fin de soirée se caractérise par un grand écart stylistique : j’assiste au début du set d’Alcest, qui capte toujours autant le public avec son univers immersif, puissant et atmosphérique. La curiosité me mène ensuite vers la Mainstage, où Electric Callboy distille une dose de fun et de techno metal survolté, m’embarquant le temps de quelques titres, avant de retourner assister à la fin d’Alcest. Toujours aussi émouvant, notamment avec Protection, qui enveloppe pour clore ma journée.
Vendredi
Un deuxième jour annoncé comme dédié aux femmes, avec Within Temptation, Epica, Spiritbox, Kittie ou encore Charlotte Wessels…
J’entame la journée sous de bons auspices en rejoignant la performance de Karoline Rose, alias Sun, et sa “brutal pop”. Un rock survitaminé et singulier, qui parvient à créer un moment fort dès le matin devant la Mainstage, avec des mélodies accrocheuses et des chants à la limite du grindcore.
On enchaîne avec Cachemire. Le groupe nantais prouve qu’il a franchi un palier. Leur jeu de scène, plus travaillé et maîtrisé qu’il y a quelques années, investit pleinement la grande scène. Un rock pur jus, généreux, qui emporte l’adhésion.
Je change de décor pour découvrir la fin du set de Furies en Altar. Même si le heavy/speed proposé n’est pas mon univers de prédilection, la précision technique des Françaises est indiscutable.
Avec Morgarten en Temple, la frustration saisit rapidement le public. Les Suisses apportent une touche nostalgique avec leur folk metal, mais des problèmes de son — voire de connexion — gâchent une grande partie du set. Dommage, car l’intention et l’énergie étaient bien là. Je suis déterminée à les revoir dans de meilleures conditions.
Charlotte Wessels, l’ex-chanteuse de Delain, assure un passage en Mainstage pour présenter son projet solo. On sent qu’elle gagne en assurance, et sa voix reste l’une des plus belles du metal, même si le jeu de scène me laisse légèrement en retrait.
Après un break utile, me voici de retour vers les Mainstages pour assister à Last Train. Le set d’Amira Elfeky se termine sans réellement accrocher, au-delà d’une impression de répétition dans les lignes vocales.
Last Train lance immédiatement une énergie contagieuse qui se propage dans la foule. Le quatuor français prouve une nouvelle fois qu’il n’a rien à envier aux groupes internationaux, avec un rock riche, hypnotique et généreux.
La transition parfaite pour enchaîner avec Future Palace. Un set marquant de l’après-midi : le trio allemand retourne littéralement la Mainstage, et Maria Lessing, survoltée, impressionne par sa présence. Leur post-hardcore mélodique déclenche des mouvements de foule mémorables.
Après cette démonstration de talent féminin, c’est au tour des sœurs mexicaines de The Warning de délivrer une leçon de hard rock tout en nuances. Précises, puissantes et naturellement charismatiques, elles confirment pleinement leur place.
Un défilé de talents me fait tourner la tête : je rate malheureusement Kittie, aperçois la claque Nervosa, puis vois Royal Republic faire danser la foule avec leur rock’n’roll déjanté, comme à leur habitude.
Puis Spiritbox s’installe en Mainstage. Courtney LaPlante, entre retenue et puissance vocale impressionnante, est accompagnée avec précision par les autres membres du groupe. Moins marquant que certaines performances passées, mais toujours solide et efficace.
Bien que sceptique à l’idée de voir The Hu en Mainstage, force est de constater que la foule répond massivement présente. Les représentants du folk metal mongol sont parfaitement à leur place. Un moment fort du Hellfest, jusque dans le public où les slams envahissent les crashs.
Du folk à l’épique, il n’y a qu’un pas. Within Temptation enchaîne avec une setlist équilibrée et des tableaux soignés. Sharon den Adel rayonne, aussi talentueuse que charismatique, que ce soit dans son bustier drapé aux couleurs de la France ou plus tard, cheveux libérés, portée par une voix puissante. Une générosité communicative qui me fait presque oublier Pentagram…
Pendant que le devant des Mainstages se remplit pour accueillir Muse — qui semble attirer davantage de spectateurs occasionnels que de puristes metal — la polémique persiste. Pourtant, le résultat est sans appel : le spectacle convainc, avec un show d’envergure.
De mon côté, je m’éclipse pour assister à Wind Rose, qui attire une foule particulièrement dense. Pioches et haches se lèvent, et les Italiens embarquent tout le monde dans leurs hymnes épiques, avec des rugissements collectifs sur Diggy Diggy Hole. Un succès incontestable.
Malgré la fatigue, je jette un œil à Sacred Reich, puis à la communion offerte par Heilung en Mainstage. Bien que l’heure soit avancée, la cérémonie résonne loin et plonge le public dans une atmosphère hors du temps. Une très belle fin de soirée.